80. — TIMIMOUN. — BOUCHERS HARATIN DÉPEÇANT UN CHAMEAU.

Le XVe siècle au Sahara et dans l’Afrique Mineure.

Nous pouvons maintenant jeter un coup d’œil d’ensemble sur cette époque, si curieuse au Sahara, qui va approximativement du XIVe au XVIe siècle et qui a vu s’accomplir partout la même transformation.

Dans l’O. Zousfana un certain Sidi Beyazid convertit les Beni Goumi païens. La date est indéterminée mais il faut noter que le nom de Beyazid est turc.

Dans l’O. Zousfana, des « Nazaréens (?) » bâtisseurs de ksars ont été massacrés ou convertis par les Beni Hassen.

Au Gourara et dans le haut Touat une société juive a été détruite par el Mer’ili en 1492.

Au bas Touat des Barmata païens (?) ont pour successeurs au XIVe et XVe siècle des Chorfa du Tafilalet.

Avec des variations locales c’est partout la même révolution, et à peu près à la même époque.

Elle s’accompagne partout d’un changement dans l’architecture des villages. Aux kalaa de pierre bâties dans de fortes situations défensives et offensives succèdent les ksars en pisé, fortifiés, il est vrai, mais modestement cachés dans la palmeraie, au milieu des cultures. Ce sont des refuges de paysans traqués, ou des jardins à cascatelles pour moines inoffensifs ; au lieu de bourgs féodaux, qui sentent l’indépendance, le banditisme, et sans doute aussi le nomadisme, car les kalaa sont toujours à quelque distance des bas-fonds cultivables. Ces siècles de transition sont ceux où se fondent les grands monastères sahariens, Kenatsa, Kerzaz, Zaouiet Kounta, etc. Et, sous bénéfice d’inventaire, car les études hagiographiques restent encore à entreprendre, c’est alors apparemment que surgirent ces innombrables tombeaux de saints, avec leurs coupoles blanches qui constellent toutes les palmeraies et qui extériorisent pour l’œil la prédominance des préoccupations pieuses.

Il y a eu là apparemment, en même temps qu’une révolution religieuse et linguistique, une profonde transformation économique, et sociale, un progrès de l’agriculture intensive, de la paix publique, et de la culture générale.