Dans le travail de M. Voinot, la partie historique est très neuve et très intéressante.
Dans le haut Touat, au Gourara, dans l’O. Saoura il ne subsiste pas de traditions indigènes concernant le premier aménagement hydraulique du pays ; aussi loin que va la mémoire humaine on retrouve les oasis déjà existantes. Elles sont probablement préislamiques ; en tout cas il est impossible d’affirmer qu’elles ne le sont pas.
Au bas Touat, d’après Watin[237], des traditions un peu confuses assignent une date à l’établissement des premières foggaras. Elles auraient été creusées par les Barmata, au IIIe siècle de l’hégire, c’est-à-dire au Xe siècle de J.-C. Auparavant il n’y aurait eu au Reggan que des puits de caravane, creusés par les Arabes Moakel, nomades du Sahel, qui « avaient établi un courant commercial entre le Soudan et le Maroc ». Ces traditions sont, il est vrai, fâcheusement associées à l’étymologie Ouatin Touat, ce qui n’est pas pour leur donner un caractère d’authenticité ; elles méritent pourtant attention.
Au Tidikelt le doute n’est plus permis, les traditions recueillies par Voinot sont nombreuses, précises et concordantes. Partout le souvenir s’est conservé d’une époque où le pays entier était un pâturage, parcouru par les troupeaux touaregs, et dont la r’aba est aujourd’hui le dernier vestige. Dans chaque oasis on indique exactement la date de la fondation.
In Salah serait la plus ancienne ; ce fut un pâturage des Touaregs Kel Amellen jusqu’au XIIIe siècle environ, époque où les premières foggaras auraient été creusées par un nègre nommé Salah, et un certain Mohammed el Hedda, venu de Deldoul (Gourara). De là évidemment l’étymologie Aïn Salah, inventée après coup par les Arabes, puisque le nom véritable est In Salah, et que la particule Berbère In est fréquente dans l’onomastique (In R’ar, In Belrem, etc.).
Viennent ensuite par ordre d’ancienneté :
Akabli, — autrefois pâturage de Hacci Debder — l’oasis a été fondée en 1230 — agrandie en 1235, 1255, 1273, 1303.
Aoulef, puis Tit, puis In R’ar.
L’oasis de Timokten n’a été mise en culture qu’aux environs de 1700.
Les oasis de l’extrême est, Haci el Hadjar, Milianah, Foggaret el Arab, Igosten, datent du XVIIIe siècle. A Foggaret el Arab, la foggara la plus ancienne, foggara el Guedima, est de 1720 ; la plus récente, celle de Hadj Ali, est de 1800.