En somme, sans que les djemaa aient disparu, il existe au Tidikelt, dans chacun des deux centres, une concentration de l’autorité entre les mains de familles arabes militaires. Nous sommes loin de l’anarchie touatienne et cela sent la marche frontière.

Les Berbères d’ailleurs, quoique subordonnés, ne sont pas ici dans une situation humiliée comme les Zenati du Touat et du Gourara, ils ne font pas figure de vaincus et d’annexés.

Le groupe berbère le plus important est celui des Ahl Azzi, ils se disent issus du Tafilalet en faisant étape au Touat. Ils sont m’rabtin (marabouts), c’est-à-dire qu’ils constituent une noblesse religieuse très respectée, dont l’arbre généalogique remonte aux premiers temps de l’Islam. En réalité, j’imagine que leur rôle social est le suivant. Comme Berbères ils sont bilingues, et comme marabouts, dans un pays où toute l’instruction est religieuse, ils ne peuvent pas être tout à fait analphabets. Auprès des Touaregs de marque on trouve généralement un secrétaire Ahl Azzi. Ils constituent une tribu d’interprètes, et ils jouent donc un rôle considérable dans un pays Arabe qui a des voisins et l’on pourrait presque dire des maîtres Berbères.

Car les Touaregs sont chez eux au Tidikelt, ils en sont restés en quelque sorte les suzerains. A 30 kilomètres au sud d’In Salah, Haci Gouiret est dominé par une petite gara couverte d’inscriptions tifinar’ ; ç’a été la guérite des guetteurs touaregs, beaucoup d’inscriptions y sont récentes, grafitti de sentinelles dans un corps de garde, et sa seule existence atteste des prétentions de surveillance et de domination.

L’influence touareg au Tidikelt s’atteste dans le costume, par la prédominance des cotonnades bleues, tout à fait inconnues au Touat et au Gourara où les blanches sont seules en usage.

Quelques tribus ou fragments de tribus Touaregs sont fixés au Tidikelt, à Akabli. — Les Settaf y sont devenus ksouriens, ce sont des nobles Azguers.

Autour d’Akabli gravitent d’autres Touaregs, agrégés aux tribus de l’Ahnet, les Sekakna, les Mouazil et les Kenakat ; ce qui explique pourquoi Sidi Ag Gueradji, chef des Taïtoq et de l’Ahnet, a eu longtemps à Akabli une sorte de maison de plaisance.

Les Sekakna, les Mouazil et les Kenakat sont des nomades, et ce ne sont pas les seuls au Tidikelt — nomades aussi, parmi les Arabes, les Oulad Zenana d’Aoulef, les Oulad Bahamou et les Oulad Mokhtar d’In Salah, les Ouled Yahia et les Ouled Dahane de Timokten, les Zoua de Foggaret ez Zoua. En somme, une fraction assez considérable du Tidikelt continue à nomadiser. Cela s’accuse d’ailleurs dans le tableau, dressé par Voinot, du cheptel au Tidikelt.

600 chameaux, 16 chevaux, 20 mulets, 700 ânes, 2500 moutons et chèvres.

La proportion des chameaux est tout à fait anormale pour un pays d’oasis et atteste la persistance des habitudes nomades. On se rappelle que le Touat n’a pas un seul nomade et que le Gourara en a pour mémoire (les Kenafsa). Voici donc une autre originalité du Tidikelt, et si on peut y voir une survivance de l’époque où tout le pays était en pâturages, il est surtout légitime de noter la relation entre le nomadisme et les vertus guerrières tout particulièrement nécessaires au Tidikelt.