La pénéplaine déserte.
La pénéplaine, hercynienne et calédonienne, qui sépare le Tidikelt des plateaux touaregs est une région naturelle nettement individualisée, un petit Tanezrouft, un désert d’une intensité maximum ; les caravanes la traversent à marches forcées, d’une sorte de bond stratégique ; quitte à souffler et à flâner, quand elles l’ont laissée derrière. Elle fait valoir par le contraste les pays qu’elle sépare, les palmeraies du Tidikelt et les pâturages touaregs.
Et c’est à peu près tout ce qu’on peut en dire. Il est clair qu’une région à travers laquelle on fuit nuitamment se prête mal à une étude de détail et d’ailleurs un pays parfaitement inhabité présentera toujours un intérêt presque exclusivement géologique.
L’homme ne laisse pas cependant d’y avoir marqué sa trace.
A H. Ar’eira, à 500 mètres au sud des superbes gommiers qui voisinent avec le puits, et qui frappent davantage dans un pays aussi nu, les rochers portent de mauvaises gravures rupestres et des inscriptions en tifinar’.
Auprès de Haci Tirechoumin on voit une msalla (mosquée en plein vent) et le tombeau très vénéré de Sidi Abd et Hassani.
Dans toute la partie orientale de la pénéplaine d’ailleurs, les puits ne sont pas très rares, — sur la route d’In Salah, Haci Gouiret et H. el Kheneg sont séparés par 70 kilomètres — Haci el Kheneg et Afoud Dag Rali par une quarantaine.
Sur la route d’Akabli par Baba Ahmed les étapes de puits à puits (Tirechoumin, Ar’eira, O. Adrem) ne dépassent guère une cinquantaine de kilomètres. — Ce sont des distances insignifiantes au désert et pour des méharis. Il est vrai que l’eau ne suffit pas, il faut des pâturages, et c’est leur absence ou leur insuffisance qui impose aux caravanes une allure accélérée.
Les puits se trouvent invariablement dans le lit des grands oueds Bota, Nazarif, Souf Mellen, dans des poches d’alluvions en arrière de barrières rocheuses ; il est difficile de ne pas conclure que ces grands oueds coulent quelquefois, encore qu’on n’ait pas là-dessus un seul renseignement positif. Il est donc possible que des crues exceptionnelles fassent pousser au voisinage des puits des pâturages temporaires, susceptibles de fixer pendant quelques semaines à de longs intervalles un peu de vie humaine.
A mesure qu’on s’avance à l’ouest, c’est-à-dire en aval, l’aridité augmente. La route de Taourirt est extrêmement dure, 140 kilomètres sans eau de Hacian Taibin à Tikeidi. — 165 par la route directe de Hacian Taibin à Ridjel Imrad ; car le point d’eau intermédiaire de Azelmati est intermittent et insuffisant. Ce sont là de vraies étapes de Tanezrouft, dangereuses en été.