En somme le Mouidir-Ahnet est par excellence une région de sources ; alimentées par de grandes nappes profondes, les points d’eau sont presque tous pérennes. La longue période sans pluie 1902, 1903 et 1904 en avait asséché plus ou moins complètement un petit nombre dans le haut pays (Tin Senasset, Aït el Kha, surtout aguelman Tamama, qui n’avait plus une goutte d’eau dès 1902). Le grand aguelman Taguerguera avait beaucoup baissé, mais il était loin d’être à sec. Et d’une façon générale la grande majorité des sources ne tarissent jamais.

En géographie humaine, le pâturage est au moins aussi important que le point d’eau, et sans doute les deux vont ensemble, au moins dans une certaine mesure. On constate en tout cas que les pâturages, au Mouidir-Ahnet, tendent à se distribuer eux aussi, suivant les lignes de contact géologique, plutôt que le long des oueds.

A la traversée des plateaux Touaregs, les oueds sont extrêmement pittoresques, ils se sont taillé des canyons étroits, aux murailles perpendiculaires de grès nu, parfois très élevées. Ces gorges sauvages ne sont pas seulement superbe matière à photographies, elles ont pour les Touaregs quelque intérêt alimentaire ; la preuve en est que, en certains points privilégiés, on y observe des groupements de gravures rupestres, trace la plus durable d’ancienne fréquentation — dans le Foum Zeggag par exemple, dans l’O. Tar’it surtout, ou encore dans les gorges de Tiratimin (Mouidir, d’après le colonel Laperrine).

La verdure des canyons pourtant se réduit à une bande étroite au fond du lit, on mène paître de préférence dans les bas-fonds largement étalés, où les bêtes s’égaillent sur de grands espaces, et où le pâturage s’épuise lentement.

A l’intérieur de la zone gréseuse les points les plus fréquentés sont les vallées très ouvertes, — au contact argileux des deux étages gréseux éodévoniens, Ouallen par exemple, Taoulaoun (voir pl. XLV, [phot. 84]) ; — ou bien encore la cuvette synclinale d’Iglitten où s’est conservé un lambeau méso-dévonien.

Mais c’est de préférence la lisière de la zone gréseuse qui est vivante, au nord et au sud, en aval et en amont de l’auréole éodévonienne.

En aval de l’Ahnet, par exemple, s’étend la grande plaine d’el Ouatia, colmatée d’alluvions plus ou moins transformées en dunes. Cette masse alluvionnaire, qui voile la pénéplaine méso- et néodévonienne est très humide, semée de puits ; sur une grande étendue c’est un pâturage utilisable, on y rencontre toujours des tentes sur un point ou l’autre, et cette plaine pourrait bien être le cœur économique de l’Ahnet, encore qu’elle lui soit excentrique et simplement tangente, à parler littéralement.

A l’autre frontière, celle d’amont, la méridionale, au pied et en arrière des falaises dévoniennes terminales (baten Ahnet), s’étendent sur la pénéplaine silurienne des plaques considérables d’alluvions humides, maader et erg : — ce sont les résidus ou les représentants de ce qu’on appelle en Russie les lacs de glint ; — pâturages d’Aït el Kha, de Ouan Tohra, de Haci Masin, d’Adoukrouz, dans l’Ahnet ; de maader Arak et de Tadjemout au Mouidir.

En somme, aux plateaux Touaregs, la vie végétale, et par conséquent humaine, est surtout périphérique ; les plateaux gréseux eux-mêmes se présentent sous la forme de hammadas grandioses et abominables, indéfiniment nues, noires et luisantes.

La flore. — La flore du Mouidir-Ahnet n’a rien d’original. Au moins n’avons-nous pas vu, je crois, une seule espèce qui ne figure dans le catalogue de Foureau[240].