Les pâturages ne contiennent rien qui soit de nature à surprendre l’estomac des méharis du nord ; on y voit les plantes classiques : le had, le dhamrane, le belbel (toutes trois des salsolacées). Tout au plus pourrait-on signaler parmi les graminées la prédominance inusitée du bou-rékouba (Panicum turgidum et colonum) sur le drinn (Arthratherum pungens). La première est plutôt soudanaise, et la seconde algérienne.
Les espèces arbustives ou arborescentes sont naturellement peu nombreuses ; il semble qu’on puisse essayer d’en dresser une liste, qui sera à la fois très courte et à peu près complète.
Le plus bel arbre, on pourrait presque dire le seul qui mérite ce nom est le talha (acacia gommier) ; quelques échantillons supportent la comparaison avec un grand arbre de notre flore européenne ; la grande majorité, il est vrai, sont bien plus modestes, le tronc atteint à peine la grosseur de la cuisse. (Voir pl. XLVIII, [phot. 89.]) Après le gommier il faut citer le teboraq (Balanites ægyptiaca) qui a lui aussi le port et les dimensions d’un arbre médiocre.
L’ethel et le tarfa (deux espèces de Tamarix) sont de beaux végétaux, de grosses masses de verdures, mais d’allures buissonnantes, aux troncs multiples et rampants, la ramure est seule vivante, le tronc est un cadavre pourri, où le doigt enfonce. (Voir pl. XLV, [phot. 84.]) C’est le gommier seul, vu la rareté des Balanites, qui fournit aux Touaregs ce qu’on pourrait appeler leur bois d’ébénisterie, c’est-à-dire de quoi fabriquer le seul meuble du nomade, la selle de son méhari. Sur les gommiers et les Balanites les tamarix ont, du moins, la supériorité de n’être pas épineux, infiniment appréciée de qui s’assoit à leur ombre. Après ces géants il ne reste que le menu fretin des broussailles et des arbustes : — le r’tem qui a des allures de genêt, — le koronka (Callotropis procera), qui ne mérite guère cette épithète latine ; il n’a de grand que son fruit, une énorme gousse ovoïde, d’un beau vert frais, aussi gros qu’un œuf d’autruche, ridiculement disproportionné à sa taille d’un mètre cinquante : il joue un rôle important dans l’économie domestique des Touaregs ; son suc laiteux tient lieu du goudron végétal des Algériens, c’est un remède efficace contre la gale des chameaux, et son bois donne le charbon nécessaire à la confection de la poudre.
Toute cette flore arbustive, au point de vue de la géographie botanique, est plutôt méditerranéenne, la plupart des espèces comme le r’tem et le tamarix rappellent le sud de l’Algérie ; quelques-unes seulement, font déjà songer au Soudan, comme le Balanites ægyptiaca dont le nom revient si souvent dans Barth. En somme, c’est la flore saharienne classique, avec un caractère nettement septentrional. Il y a peu de rapports avec la flore nettement soudanaise de l’Adr’ar des Iforass, pourtant voisin.
D’autre part on ne voit pas encore apparaître, à ces altitudes médiocres, quelques espèces qu’on nous signale plus haut, dans le Hoggar ou même à l’Ifetessen ; le jujubier par exemple (zizyphus lotus) fait défaut, de même que l’olivier sauvage et le thym.
Ce n’est donc pas par l’originalité de sa flore que le Mouidir-Ahnet se distingue, c’est par son abondance relative. Le lit des oueds et les bas-fonds étendus, zones d’épandage des crues, qui sous un autre climat seraient marécageux, et qu’on appelle ici des maader, dessinent à la surface du pays un lacis de verdure, et comme un réseau de circulation et de vie. Il est vrai qu’ils sont mis en valeur par l’effroyable nudité des grands plateaux gréseux qui les séparent. Le contraste et la surprise, la satisfaction de déjeuner à l’ombre, en rehaussent singulièrement l’effet sur l’œil du voyageur et rendent délicate la mise au point des impressions.
C’est incontestablement une verdure éparse et rabougrie, et qui paraîtrait misérable ailleurs qu’au désert. Telle qu’elle est pourtant, elle suffit à la subsistance d’une faune assez abondante d’animaux sauvages et domestiques.
CARTE
DU
Tidikelt
ET DU
Mouidir-Ahnet
par E. F. Gautier