Le socle qui supporte l’Adr’ar Ahnet a 500 mètres environ d’altitude au-dessus du niveau de la mer, et, je ne crois pas, sous bénéfice d’inventaire, que les sommets dépassent 300 mètres d’altitude relative au-dessus du socle ; l’altitude absolue ne doit nulle part atteindre 1000 mètres. Nous voilà bien loin du mont Ilaman qui est au moins deux fois plus élevé. Mais les Touaregs n’ont pas de baromètre, et la Koudia elle-même n’est pas d’accès et d’ascension plus difficile que l’Adr’ar Ahnet.

Ce bloc énorme de pierre nue se dresse d’un seul jet, avec des pentes raides et presque verticales, car les strates sont redressées à 60 ou 70° ; l’escalade est difficile, parfois même dangereuse. Nous avons pu constater que sur toute la face ouest il garde cet aspect de muraille infranchissable, et, d’après Bissuel, il en est de même sur les trois autres faces. Il n’y aurait pour pénétrer au cœur de l’Adr’ar Ahnet qu’une voie d’accès praticable, et nous l’avons suivie, c’est l’étroit défilé de l’oued Tedjoudjoult. La vallée de l’oued, toujours aussi profondément encaissée, se prolonge très loin dans la montagne, son lit est constitué par une telle épaisseur de cailloux roulés que toute chance de pâturage sérieux se trouve éliminée. (Voir pl. LI, [phot. 93.]) Au moins en est-il ainsi jusqu’au point où nous l’avons remontée. L’Adr’ar Ahnet n’est donc pas un centre de pâturage, il ne joue pas un rôle économique : en revanche il en joue un militaire. Ce pâté montagneux inaccessible de toutes parts sauf par un couloir étroit, long et sinueux, est une admirable forteresse naturelle, la casbah de l’Ahnet. Désert en temps de paix, il devient le dernier refuge de la tribu quand elle est battue en rase campagne. A l’entrée des gorges on distingue des traces de travaux de défense, une murette en cailloux roulés dans le lit de l’oued.

De tout l’Ahnet, c’est le point que les prisonniers de Bissuel ont décrit avec le soin le plus méticuleux et l’exactitude la plus approximative. Evidemment, c’est un point vital.

Des points vitaux d’un autre genre, d’ordre économique, sont les points d’eau et les pâturages ; on en a déjà étudié la distribution, le long des limites géologiques.

La vie est surtout périphérique ; au cœur de l’Ahnet (lato sensu), à l’intérieur de la zone gréseuse, il y a peu de points susceptibles de fixer les textes : la vallée d’Ouallen, qui s’étire le long de la bande argileuse intercalée entre les grès ; la cuvette synclinale d’Iglitten, où s’est conservé un paquet de méso-dévonien.

Les points vivants sont bien plus nombreux au sud et au nord des plateaux gréseux, sur la lisière. Au sud les maader « de glint » — Aït el Kha — vallée de l’oued Amdja (Tin Senasset, Ouan Tohra, Foum Imok) — Haci Maçin — Adoukrouz.

Au nord, les plaines d’alluvions bordières, qui s’étalent, semées de dunes, suivant la ligne de rupture de pente — les vallées des oueds Ifisten et Meraguen, avec la région de l’erg Ifisten : — surtout la grande plaine d’el Ouatia et de l’oued Adrem, avec les ergs Ennfous et Tessegafi.

La carte et le texte Bissuel sont très détaillés (ce qui n’empêche pas, il est vrai, la carte d’être singulièrement mauvaise) pour tout ce qui concerne cette cuvette synclinale centrale. Tout concourt à en faire une région privilégiée, elle est encadrée entre l’anticlinal de l’Adr’ar Ahnet et celui de l’Açedjerad. Vers cette cuvette convergent toutes les pentes des hamadas, et la grande majorité des oueds de l’Ahnet viennent y aboutir.

Sur le bord externe de l’Ad’rar Ahnet coule l’oued Souf Mellen qui en draine le versant oriental. Mais, à cette exception près, c’est l’oued Adrem qui est le grand collecteur de toutes les eaux de l’Ahnet. Par ses sources il draine la plus grande partie de l’Adr’ar Ahnet (oued Amdja, oued Tedjouldjoult, oued Maçin). A la traversée des hammadas il prend le nom d’oued Tar’it. (Tar’it est exactement l’équivalent berbère de notre « canyon ».) A son débouché dans la cuvette synclinale, c’est l’oued Adrem ; et toutes les eaux de la région des hammadas, comme de l’Açedjerad oriental, viennent la rejoindre.

Cette convergence des oueds produit les effets qu’on en pouvait attendre. Dans la cuvette synclinale sont accumulés les dépôts alluvionnaires, comme aussi le tourbillonnement du vent dans cet immense amphithéâtre de montagnes y a déposé des dunes.