Le cours de l’oued Namous n’apparaît pas du tout sur les cartes publiées, mais M. Mussel[20], sur sa carte encore inédite, en trace de grands tronçons ; l’oued traverse le groupe des oasis de Telmin dans sa partie orientale, entre Takhouzi et Adjir ; on le suit au sud jusqu’à proximité de Charouin et de Haci el Hamira.
C’est l’oued R’arbi sur lequel nous sommes le moins renseignés. Pourtant à la lisière méridionale de l’erg l’attention est attirée par une ligne d’oasis, el Ahmar, Guentour, Tesfaout, Charouin, et le long de cette ligne la carte Niéger marque ce qui semble être un grand lit d’oued. Charouin à coup sûr est sur le bord d’une gigantesque cuvette d’érosion qui m’a semblé aller rejoindre en biais celle de la sebkha du Gourara. Sur la route de Charouin à Ouled Rached ces deux cuvettes ne sont plus séparées que par une ligne de garas, autant du moins que l’envahissement du sable permet d’en juger. Il semble bien que dans cette région deux grandes rivières, reconnaissables à leurs érosions, aient fait leur jonction : apparemment l’O. R’arbi et l’oued du Gourara. (Voir [fig. 44,] p. 226.)
Ajoutons que dans sa partie occidentale, le grand Erg a sûrement enfoui toute une série d’affluents de l’O. Saoura, et il garde beaucoup mieux le secret de leur réseau. La carte inédite Mussel permet de suivre jusqu’à Haci Ouskir un gros affluent venu du Mezarif et qui passe par Haci Mezzou. Elle révèle çà et là sous l’erg de grands tronçons, un oued Si Ali par exemple au nord du puits de ce nom.
Le long de la Saoura on croit deviner des embouchures ; en certains points, de dessous l’erg on voit sourdre brusquement l’eau nécessaire à l’alimentation des palmeraies. A Mazzer, c’est une grosse source naturelle débouchant d’une grotte de travertin. A Beni Abbès, l’homme est intervenu, mais avec peu de travail, et à fleur de terre, on a fait couler de grosses séguias. L’eau afflue avec une abondance particulière dans la R’aba (littéralement la forêt de palmiers) ; sur une dizaine de kilomètres les ksars se touchent, el Ouata, Ammès, Ksir el Ma, el Maja, etc. ; l’eau est partout à fleur de sol dans toute cette section de l’oued. De là part d’ailleurs, à travers l’erg, une route de caravanes semée de puits ; il est clair qu’un gros affluent a dû déboucher ici. Mais d’où vient-il ? Qu’est-ce, d’autre part, que ce groupe d’oasis de Telmin perdu au milieu de l’erg, et au nord duquel on voit sur la carte une constellation de puits ? On ne fait qu’entrevoir une puissante circulation souterraine qui doit être une image plus ou moins fidèle de l’ancienne circulation superficielle quaternaire sur la rive gauche de la Saoura.
L’O. Tabelbalet. — L’O. Saoura est hémiplégique, toute sa rive droite est à peu près morte ; de ce côté en effet l’oued longe le pied d’un accident montagneux et la ligne de partage est toute proche entre la Saoura et une autre grande artère quaternaire, qu’on pourrait appeler l’O. Tabelbalet.
A vrai dire cet oued n’a pas de nom, et les indigènes ne soupçonnent pas son existence. Il est enfoui sous l’erg er Raoui, mais pas assez profondément pour qu’on ne le retrouve pas. Depuis la palmeraie de Tabelbalet jusqu’à Oguilet Mohammed, la lisière méridionale de l’erg er Raoui est jalonnée de puits, Haci el Hamri, Tinoraj, H. er Rouzi, Haci el Maghzen, Noukhila ; d’ailleurs le nombre de puits existants le long de cette ligne pourrait être augmenté presque indéfiniment ; entre Tinoraj et Tabelbalet, il suffit de creuser n’importe où, dit-on, pour avoir de l’eau, Haci el Maghzen est, comme son nom l’indique, un puits improvisé par les maghzen (policiers indigènes) de Beni Abbès. Tous ces puits sont des trous d’eau à fleur de sol : d’ailleurs on rencontre de grands troupeaux d’antilopes adax, ce qui suppose de l’eau superficielle, d’accès facile. (Voir pl. XXXIV, [phot. 64.]) Le nom de l’erg est significatif ; er Raoui signifie humide ; le nom contraste avec celui de l’erg Atchan, tout voisin, « l’Erg assoiffé ». Enfin au voisinage des trois puits que j’ai vus et probablement de tous les autres, on distingue très bien l’oued enfoui sous la dune. C’est bien net, en particulier à Tinoraj et à H. el Hamri ; on y voit, avec ses falaises d’érosion, ce qu’il faut appeler sans doute le lit mineur de l’oued, puisqu’il est taillé dans des dépôts plâtreux et dans des formations d’aspect tourbeux, qui doivent ici évidemment, comme partout ailleurs au Sahara, représenter le lit majeur. (Voir pl. X, [20.]) A Oguilet Mohammed je n’ai pas vu le lit mineur, mais la dune repose sur les dépôts gypseux habituels. Il n’est pas téméraire de conclure que tous les puits jusqu’à Tabelbalet sont creusés dans le lit de l’oued, dont nous pouvons donc reconstituer le tracé de Tabelbalet à Oguilet Mohammed, on peut même dire avec une probabilité suffisante jusqu’à Ouled Saï. En somme il longe au nord-est le pied de l’arête gréseuse éodévonienne que les indigènes appellent le kahal de Tabelbalet, et qui sépare l’erg er Raoui de l’erg d’Iguidi.
D’où vient cet oued ? Evidemment de l’Atlas marocain, qui est tout proche, mais qui est encore trop mal connu pour qu’on puisse essayer de préciser.
En aval, le djebel Heirane se dresse en promontoire au confluent de deux grands oueds quaternaires ; la hammada crétacée qui lui sert de socle, est profondément entaillée à l’est par l’oued Messaoud, et au sud-ouest par un oued inconnu, étalé en sebkha, dont le lit fait avec celui de l’oued Messaoud un angle aigu. Cet oued dont nous connaissons avec précision l’embouchure, n’est-il pas l’oued de Tabelbalet ? La carte, qui accompagne le rapport de tournée du capitaine Flye Sainte-Marie dans l’Iguidi[21], est nettement favorable à cette hypothèse.
| E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. | Pl. X. |