Cliché Gautier

20. — TIN ORAJ

L’Oued Tabelbalet enfoui sous l’erg er-Raoui.

On distingue les berges en timchent (dépôt plâtreux, d’un blanc éclatant).

L’Iguidi. — Cette même carte et ce même rapport permettent de supposer que l’Iguidi, au moins dans sa partie orientale, et l’erg ech Chech tout entier qui lui fait suite, rentrent dans le bassin quaternaire de l’O. Messaoud. Un certain nombre de faits ressortent avec évidence.

Nous savons depuis longtemps que les grands oueds du Tafilalet réunis en un réceptacle commun qui est l’O. Daoura, vont se perdre dans une grand sebkha[22]. Le lieutenant Niéger nous apprend[23] le véritable nom de cette sebkha, qui est Mahzez.

D’autre part, le capitaine Flye Sainte-Marie nous donne sur l’Iguidi des renseignements précis. Les puits de l’Iguidi sont très inégalement répartis. La bordure nord est très pauvre : deux points d’eau seulement, très éloignés l’un de l’autre, Mana et Inifeg. La bordure sud au contraire est le plus beau coin de tout l’erg ; c’est le Menakeb, « 15 puits sur 150 kilomètres », les puits sont nettement alignés nord-ouest-sud-est ; on voit partout des traces d’une puissante érosion, falaises, cirques et garas. Il faut affirmer que le Menakeb est un grand oued, l’analogie est évidente avec l’oued de Tabelbalet, à la lisière sud de l’erg er Raoui.

J’étais tenté de considérer l’oued Menakeb comme un émissaire de la sebkha Mahzez. M. Niéger, qui a vu le terrain, est d’un avis contraire. D’autre part, d’après une communication orale de M. le capitaine Martin, Mahzez serait beaucoup plus près de Tabelbalet que les cartes ne le montrent, et ce serait donc peut-être l’O. Tabelbalet qui prolongerait l’O. Daoura (?).

Quoi qu’il en soit il y a vraisemblablement, sous l’Iguidi et à sa bordure nord, un réseau d’artères quaternaires qui apporte ou apportait jadis à l’O. Messaoud, non seulement les eaux de Tafilalet, mais aussi les eaux des Eglab ; le plateau archéen (?) granitique (?) et peut-être par endroits volcanique (?) des Eglab, déjà traversé par Lenz, revu plus en détail par Flye Sainte-Marie et ses officiers, apparaît d’ores et déjà avec une certaine netteté (c’est sur la carte Flye Sainte-Marie qu’il faut le chercher naturellement). Il a un relief assez accusé, six ou sept cents mètres d’après M. Niéger[24] ; encerclé de dunes sur toutes ses faces ce fut évidemment, et, dans une certaine mesure, c’est encore un centre de dispersion hydrographique ; il domine de deux ou trois cents mètres la plaine où serpente l’oued Messaoud, et c’est l’épaulement occidental du bassin.

L’O. Messaoud actuel. — On arrive donc à reconstituer avec précision, à quelques incertitudes près, le réseau d’un oued Messaoud quaternaire, collecteur de toutes les eaux depuis les Eglab et l’Atlas du Tafilalet jusqu’au Hoggar. Ce squelette de vieux fleuve mort est d’un intérêt plus actuel qu’on n’imaginerait au premier abord.