Dans ces limites, leur répartition suggère un certain nombre d’idées générales.
Et d’abord, l’énumération des points déterminés où j’ai trouvé des redjems est en même temps celle des points où les hasards de la route m’ont imposé un séjour un peu prolongé. Le Touat mis à part, partout où je me suis arrêté quelques jours, une courte promenade autour du campement ou du village m’a permis de relever des redjems en assez grand nombre. Souvent aussi j’en ai rencontré sous mes pas, en cours de route, alors que je ne les cherchais pas, nouvelle preuve de leur extrême fréquence. Je dirais presque qu’ils sont partout.
D’autre part ils ne sont jamais groupés en très grand nombre, quelques dizaines tout au plus et souvent quelques unités. Rien de comparable aux grandes nécropoles du Tell avec leurs milliers de tombes.
Cette distribution suggère l’idée que ce sont des sépultures de nomades.
Très certainement aussi il y a un rapport entre les redjems et les points d’eau actuels. Je n’en ai jamais noté dans les étendues franchement désertiques et inhabitables. On verra qu’il en est tout autrement pour bien des gisements néolithiques, et nous sommes donc amenés à conclure d’ores et déjà que les redjems ne peuvent pas remonter à une antiquité très reculée.
Il est remarquable pourtant qu’ils sont très rares non seulement au Touat, mais encore dans l’oued Saoura ; je n’y ai vu qu’un tout petit nombre de redjems, encore bien que j’aie fait séjour à Beni Abbès et à Ksabi. J’en ai rencontré davantage dans la chaîne d’Ougarta où je n’ai fait que passer. On sait pourtant que, actuellement, toute la population est concentrée dans l’oued Saoura et au Touat. Il semble donc que la répartition des redjems nous reporte à une époque où la population était distribuée à la surface du Sahara tout autrement qu’aujourd’hui.
Terminus ad quem. — Aussi bien n’est-il pas possible de considérer les redjems comme des sépultures contemporaines, par la simple raison que, à coup sûr, elles ne sont pas musulmanes.
Les tombeaux musulmans sont aisément reconnaissables ; on sait que le cadavre est étendu, la figure tournée vers la Mecque ; à la tête et aux pieds se dressent des stèles grossières, qui ne peuvent guère faire défaut parce qu’elles ont une signification religieuse ; ce sont les « témoins » de la foi (Chehed) ; il est vrai que les Touaregs sont des musulmans tièdes. (Voir pl. XIII, [phot. 26.])
Dans les redjems au contraire, toutes les fois que les ossements n’ont pas été réduits en poussière par le temps, on constate que le squelette est replié sur lui-même, à l’ancienne mode libyque signalée par les auteurs anciens.
Les redjems sont donc nécessairement préislamiques, ce qui ne signifie pas nécessairement antérieurs à l’hégire, l’islamisme ayant pénétré et surtout s’étant enraciné définitivement au Sahara à une époque qu’on ne peut pas, j’imagine, fixer partout avec précision. M. Benhazera, pourtant, s’appuyant sur Ibn Khaldoun et sur les traditions indigènes, essaie d’établir que les Touaregs ont été islamisés au XIe siècle[53].