Sous un figuier colossal, Hélène trouva un petit berceau, dont les parois légères étaient faites de perches à demi pourries et couvertes d'une luxuriante végétation de plantes grimpantes. Sur le toit était étendue une couche épaisse de feuilles sèches. Un des murs et la moitié du toit avaient été détruits par le temps. Sur la paroi du fond on voyait suspendus un sabre, un fusil, deux pistolets avec la poire à poudre et des effets militaires, à ce qu'il semblait. Les armes étaient couvertes de rouille et les effets si usés qu'il aurait manifestement suffi du moindre contact pour les faire tomber en poussière.

A côté du berceau, entre deux arbres, on remarquait un petit foyer sur lequel, au milieu des cendres et du charbon, étaient posés plusieurs pots en argile, de fabrication grossière, qui avaient apparemment servi pour la préparation de la nourriture.

Plus loin elle trouva encore un berceau à moitié ruiné et s'y arrêta, songeuse.

—Dans quelle caverne faudra-t-il nous établir? Où mon père serait-il le mieux?

Telles étaient les questions qu'elle se posait; enfin elle décida, à part soi, que le mieux serait de s'installer dans la vallée, où existait déjà une habitation toute faite. La dernière grotte surtout lui paraissait le mieux adaptée à ce but, d'autant plus que, devant, se trouvait un petit pré, dans lequel son père pourrait se promener tout seul.

En ce moment des sons de flûte arrivèrent jusqu'à elle. Hélène tressaillit et prêta l'oreille pour s'assurer si son père l'appelait. Mais le vieillard jouait un air dont les sons cadencés se mariaient avec le joyeux gazouillis des oiseaux.

Hélène résolut d'employer le reste de la journée à la cueillette des fruits pour le dîner et à la lecture des notes qu'elle avait découvertes et, dès le lendemain, de transporter les effets laissés sur le rivage. De la pièce d'étoffe qu'elle avait trouvée elle voulait confectionner des habits pour elle et pour son père.

La perspective des travaux qui l'attendaient l'animèrent quelque peu. Elle pensait avec joie aux soins, à la tendre sollicitude dont elle allait entourer son père âgé et aveugle.

Mais ces plans d'avenir étaient obscurcis par la tristesse que suscitait en elle le souvenir de sa mère et de sa patrie lointaine. Son imagination lui retraçait le tableau des jours sans nombre qu'elle aurait à passer dans cette île déserte.

Mais en même temps une voix mystérieuse lui disait qu'elle ne devait pas se laisser aller au découragement et perdre son temps dans des rêves inutiles, quand elle avait le devoir sacré de prendre soin de son père dont elle était l'unique soutien.