Après la levée du siége de Lille, le député Gossuin proposa, le 8 octobre 1792, à la Convention nationale de décréter «que la ville de Lille avait bien mérité de la patrie; qu'il serait fait don à cette commune d'une bannière aux trois couleurs portant pour exergue: À la ville de Lille la République reconnaissante, et qu'il serait, accordé une indemnité provisoire de deux millions (en assignats) pour dédommager les habitants des malheurs du siége et relever les édifices ruinés.»
Le 26 du même mois, David monta à la tribune, et dit à ce sujet: «Quelque glorieuses que soient la bannière et l'inscription que le citoyen Gossuin vous a proposé de décerner aux habitants de la ville de Lille, vous avez pensé sans doute que ce monument est trop périssable pour prouver à la postérité et à l'univers les sentiments de reconnaissance et d'admiration de la république pour le courage, le désintéressement et le généreux patriotisme des intrépides citoyens de la ville de Lille. Je vous propose donc d'élever dans cette place, ainsi que dans celle de Thionville, un grand monument, soit une pyramide, soit un obélisque en granit français provenant des carrières de Rhétel, de Cherbourg, ou de celles de la ci-devant province de Bretagne.
«Je demande qu'à l'exemple des Égyptiens et des autres peuples de l'antiquité, ces deux monuments soient élevés en granit, comme la pierre la plus durable et qui portera à la postérité le souvenir de la gloire dont se sont couverts les habitants de Lille, ainsi que ceux de Thionville.
«Je demande aussi que les débris des marbres provenant des piédestaux des statues de rois détruites dans Paris soient employés aux ornements de ces deux monuments.
«Je crois, et vous penserez comme moi, qu'il est de l'équité de la Convention nationale, comme de la gloire de tous les républicains fronçais, que les noms de chacun des habitants des villes de Lille et de Thionville, qui y sont morts en défendant leurs foyers, soient inscrits en bronze sur ces monuments.
«Je vous propose de décerner une couronne civique ou murale à Félix Wimpfen et aux autres officiers, soldats et habitants, soit de Thionville, ou de Lille, qui se sont distingués pendant ces deux siéges, en attendant qu'après leur mort leurs noms soient inscrits sur ces monuments.
«Je propose aussi qu'à la manière des anciens, la Convention nationale ajoute au nom de ces deux villes une épithète qui caractérisera la gloire que leurs défenseurs se sont acquise. Et afin de donner à tout individu de tout sexe, de tout âge, un signe non périssable de ces deux siéges, je vous propose de faire frapper une médaille en bronze pour chacun des habitants de ces deux villes. Cette médaille sera fabriquée avec le bronze provenant aussi des cinq statues détruites, et il sera expressément défendu de la faire servir à aucun signe extérieur de décoration.
«Je désire que cet usage de faire frapper des médailles soit appliqué aussi à tous les événements glorieux ou heureux déjà passés et qui arriveront à la république; et cela à l'imitation des Grecs et des Romains, qui, par leurs suites métalliques, nous ont transmis non-seulement la mémoire des époques remarquables, mais nous ont encore instruits du progrès de leurs arts.
«Nos artistes fiançais ont été des premiers à se livrer aux élans du patriotisme, cl plusieurs d'entre eux ont abandonné leurs occupations paisibles pour se livrer à ce que la défense de la république pouvait exiger d'eux. Beaucoup ont préféré, en se rendant aux frontières, la gloire de la république à leur propre gloire. La Convention ne peut donc, ce me semble, exprimer sa reconnaissance d'une manière plus digne qu'en les employant, au nom de la république, à répandre sa gloire dans l'univers entier, et à faire passer ses travaux à la postérité la plus reculée.
«C'est à un incendie que la ville de Londres doit la largeur, la beauté et la régularité des rues dont elle est percée. Je crois donc qu'il serait à propos de relever les villes de Lille et de Thionville sur un plan général dans lequel on ferait entrer celui de l'emplacement le plus convenable pour élever dans ces deux villes les monuments de granit que j'ai proposés.»