UNE COLLATION

Un autre jour, après avoir couru de-ci de-là dans l’enceinte du Champ-de-Mars, Jacques et Madeleine passèrent devant le Palais Indien. Ils y entrèrent. Dans une partie de l’édifice, un grand nombre de personnes étaient attablées et buvaient du thé, apporté sur des plateaux par des hommes à la figure et aux mains presque noires, vêtus de longues redingotes blanches serrées à la taille par une ceinture multicolore, de pantalons de toile, et d’une espèce de turban qui leur enserrait la tête.

«Alors, maman, ce sont des Indiens, ces hommes-là? demande Madeleine.

—Oui, mon enfant, mais on dit plutôt des Hindous.

—Eh bien, tu sais, quand je serai grande, je ne veux pas me marier avec un Hindou.»

S’asseoir et prendre une tasse de thé, Jacques et sa sœur n’y tiennent pas. Ils savent qu’il y a aux Invalides une pâtisserie et une vacherie anglaises; et c’est là qu’ils voudraient faire collation.

«Eh bien! dit maman, allons-y!»

La distance est assez longue du Champ-de-Mars aux Invalides; mais il est si amusant de la parcourir dans un des wagons du chemin de fer Decauville que l’on regrette qu’elle ne soit pas encore plus longue.

Quand Jacques a vu la locomotive, il s’est demandé si une aussi petite machine aura la force de remorquer un train long et bondé de monde. Mais oui, elle le remorque, et très vite même.

Maman explique que le chemin de fer Decauville a été souvent employé pendant les guerres dans des pays où l’on n’a pas encore construit de voies ferrées. Les armées emportent avec elles tout le matériel nécessaire; elles ont ainsi un moyen de transport rapide pour leurs déplacements et pour leurs approvisionnements en vivres et en munitions.