Une habile filouterie est celle-ci. L'ami d'un filou garde une promesse de paiement, remplie et signée en due forme sur billet ordinaire imprimé à l'encre rouge. Le filou se procure une ou deux douzaines de ces billets en blanc, et chaque jour en trempe un dans sa soupe, le présente à son chien qui saute après, et finit par le lui donner en bonne bouche. Le temps de l'échéance arrivant, le filou et son chien vont trouver l'ami, et l'engagement devient le sujet de la discussion. L'ami tire le billet de son secrétaire, et fait le geste de le présenter au filou, quand le chien saute sur le billet et le dévore. Le filou est non seulement surpris, mais vexé et furieux de la conduite absurde de son chien, et proteste qu'il est prêt à faire honneur à son obligation—aussitôt qu'on pourra en fournir une preuve évidente.
Voici une filouterie assez mesquine. Une dame est insultée dans la rue par le compère d'un filou. Le filou lui-même vole au secours de la dame, et, après avoir rossé son ami d'importance, insiste pour accompagner la dame jusqu'à sa porte. Il s'incline, la main sur son coeur, et lui dit très respectueusement adieu. La dame invite son sauveur à la suivre, disant qu'elle va le présenter à son grand frère et à son papa. Le sauveur soupire et décline l'invitation. «N'y a-t-il donc aucun moyen, murmure-t-elle, de vous prouver ma reconnaissance?»
«Si, madame, il y en a un. Veuillez être assez bonne pour me prêter une couple de shillings.»
Dans la première émotion du moment, la dame songe à disparaître sur-le-champ. Après y avoir pensé deux fois, cependant, elle ouvre sa bourse et s'exécute. C'est là, dis-je, une filouterie mesquine—car il faut que la moitié de la somme empruntée soit payée au monsieur qui a eu la peine d'insulter la dame, et d'être rossé par dessus le marché pour l'avoir insultée.
Autre filouterie mesquine, mais toujours scientifique. Le filou s'approche du comptoir d'une taverne et demande deux cordes de tabac. On les lui donne, quand tout à coup après les avoir rapidement examinées, il se met à dire:
«Ce tabac n'est pas de mon goût. Reprenez-le et donnez-moi à la place un verre de grog.»
Le grog servi et avalé, le filou gagne la porte pour s'en aller. Mais la voix du tavernier l'arrête:
«Je crois, monsieur, que vous avez oublié de payer votre grog.»
«Payer mon grog!—Ne vous ai-je pas donné le tabac en retour? Que vous faut-il de plus?»
«Mais, s'il vous plaît, monsieur je ne me souviens pas que vous ayez payé le tabac.»