De sa brillante face un seul regard tracera
Un portrait sur la cervelle,
Et de sa voix dans les coeurs qui font écho
Un long retentissement doit demeurer;
Mais le souvenir, tel que celui qui me reste d'elle,
Me la rend si chère,
Qu'à l'approche de la mort mon dernier soupir
Ne sera pas pour la vie, mais pour elle.
J'ai rempli cette coupe à celle qui est faite
De beauté seule,
Une femme de son gracieux sexe
L'évident parangon—
A elle! Et s'il y avait sur terre
Un peu plus de pareils êtres,
Cette vie ne serait plus que poésie,
Et la lassitude un mot!
Ce fut le malheur de Mr Pinkney d'être né trop loin dans le sud. S'il avait été un Nouvel Englander, il est probable qu'il eût été mis au premier rang des lyriques américains par cette magnanime cabale qui a si longtemps tenu dans ses mains les destinées de la littérature américaine, en dirigeant ce qu'on appelle la North American Review. Le poème que nous venons de citer est d'une beauté toute spéciale; quant à l'élévation poétique qui s'y trouve, elle se rattache surtout à notre sympathie pour l'enthousiasme du poète. Nous lui pardonnons ses hyperboles en considération de la chaleur évidente avec laquelle elles sont exprimées.
Je n'avais nullement le dessein de m'étendre sur les mérites des morceaux que je devais vous lire. Ils parlent assez éloquemment pour eux-mêmes. Dans ses Avertissements du Parnasse, Boccalini nous raconte que Zoïle faisant un jour devant Apollon une critique amère d'un admirable livre, le Dieu l'interrogea sur les beautés de l'ouvrage. Zoïle répondit qu'il ne s'occupait que des défauts. Sur quoi, Apollon, lui mettant en main un sac de blé non vanné, le condamna pour sa punition à en enlever toute la paille.
Cette fable s'adresse admirablement aux critiques—mais je ne suis pas bien sûr que le Dieu fût dans son droit. Il me semble qu'il se méprenait grossièrement sur les vraies limites des devoirs de la critique. L'excellence, dans un poème surtout, participe du caractère de l'axiome, et n'a besoin que d'être présentée pour être évidente par elle-même. Ce n'est plus de l'excellence, si elle a besoin d'être démontrée telle;—et par conséquent faire trop particulièrement ressortir les mérites d'une oeuvre d'Art, c'est admettre que ce ne sont pas des mérites.
Parmi les Mélodies de Thomas Moore, il y en a une dont le remarquable caractère poétique semble avoir fort singulièrement échappé à l'attention. Je fais allusion aux vers qui commencent ainsi: «Viens, repose sur cette poitrine», et dont l'intense énergie d'expression n'est surpassée par aucun endroit de Byron. Il y a deux de ces vers, où le sentiment semble condenser dans toute sa puissance la divine passion de l'Amour—sentiment qui peut-être a trouvé son écho dans plus de coeurs et des coeurs plus passionnés qu'aucun autre de ceux qu'ait jamais exprimés la parole humaine.
Viens, repose sur cette poitrine, ma pauvre biche blessée,
Quoique le troupeau t'ait délaissée, tu as encore, ici ta demeure;
Ici encore tu trouveras le sourire, qu'aucun nuage ne peut obscurcir
Un coeur et une main à toi jusqu'à la fin.
Oh! pourquoi l'amour a-t-il été fait, s'il ne reste pas le même
Dans la joie et le tourment, dans la gloire et la honte?
Je ne sais pas, je ne demande pas, si ton coeur est coupable;
Je ne sais qu'une chose, c'est que je t'aime, quelle que tu sois.
Tu m'as appelé ton Ange dans les moments de bonheur,
Je veux rester ton Ange, au milieu des horreurs de cette heure,
A travers la fournaise, inébranlable, suivre tes pas,
Te servir de bouclier, te sauver—ou mourir avec toi!
Depuis quelque temps c'est la mode de refuser à Moore l'Imagination en lui laissant la Fantaisie—distinction qui a sa source dans Coleridge—qui mieux que personne cependant a compris le génie de Moore. Le fait est que chez Moore la Fantaisie prédomine tellement sur toutes ses autres facultés, et surpasse à un si haut degré celle des autres poètes, qu'on a pu être naturellement amené à ne voir en lui que de la Fantaisie. Mais c'est une grave erreur, et c'est faire le plus grand tort au mérite d'un vrai poète. Je ne connais pas dans toute la littérature anglaise un poème plus profondément,—plus magiquement imaginatif, dans le meilleur sens du mot, que les vers qui commencent ainsi: «Je voudrais être près de ce lac sombre»—qui sont de la main de Thomas Moore.
Je regrette de ne pouvoir me les rappeler.
L'un des plus nobles—et puisqu'il s'agit de Fantaisie, l'un des plus singulièrement fantaisistes de nos poètes modernes, c'est Thomas Hood[76]. La Belle Inès à toujours eu pour moi un charme inexprimable: