Là, à travers les longues, longues heures d'été,
La lumière d'or s'épandrait,
Et des jeunes herbes drues et des groupes de fleurs
Se dresseraient dans leur beauté;
Le loriot construirait son nid et dirait
Sa chanson d'amour, tout près de mon tombeau;
Le nonchalant papillon
S'arrêterait là, et là on entendrait
La bonne ménagère abeille, et l'oiseau-mouche,
Et les cris joyeux à midi,
Qui viennent du village,
Ou les chansons des jeunes filles, sous la lune,
Mêlées d'un éclat de rire de fée!
Et dans la lumière du soir,
Les amoureux fiancés se promenant en vue
De mon humble monument!
Si mes voeux étaient comblés, la scène gracieuse qui m'entoure
Ne connaîtrait pas de plus triste vue ni de plus triste bruit.
Je sais, je sais que je ne verrais pas
Les glorieuses merveilles de la saison;
Son éclat ne rayonnerait pas pour moi,
Ni sa fantastique musique ne s'épandrait;
Mais si autour du lieu de mon sommeil
Les amis que j'aime venaient pleurer,
Ils n'auraient point hâte de s'en aller:
De douces brises, et la chanson, et la lumière, et la fleur
Les retiendraient près de ma tombe.
Tout cela à leurs coeurs attendris porterait
La pensée de ce qui a été,
Et leur parlerait de celui qui ne peut partager
La joie de la scène qui l'entoure;
De celui pour qui toute la part de la pompe qui remplit
Le circuit des collines embellies par l'été,
Est:—que son tombeau est vert;
Et ils désireraient profondément, pour la joie de leurs coeurs,
Entendre encore une fois sa voix vivante.
Le courant rythmique ici est, pour ainsi dire, voluptueux; on ne saurait lire rien de plus mélodieux. Ce poème m'a toujours causé une remarquable impression. L'intense mélancolie qui perce, malgré tout, à la surface des gracieuses pensées du poète sur son tombeau, nous fait tressaillir jusqu'au fond de l'âme—et dans ce tressaillement se retrouve la plus véritable élévation poétique. L'impression qu'il nous laisse est celle d'une voluptueuse tristesse. Si, dans les autres compositions qui vont suivre, on rencontre plus ou moins apparent un ton analogue à celui-là, il est bon de se rappeler que cette teinte accusée de tristesse est inséparable (comment ou pourquoi? je ne le sais) de toutes les manifestations de la vraie Beauté. Mais c'est comme dit le poète:
Un sentiment de tristesse et d'angoisse
Qui n'a rien de la douleur,
Et qui ne ressemble au chagrin,
Que comme le brouillard ressemble à la pluie.
Cette teinte apparaît clairement même dans un poème cependant si plein de fantaisie et de brio, le Toast d'Edward Coote Pinkney[75].
Je remplis cette coupe à celle qui est faite
De beauté seule—
Une femme, de son gracieux sexe
L'évident parangon;
A qui les plus purs éléments
Et les douces étoiles ont donné
Une forme si belle que, semblable à l'air,
Elle est moins de la terre que du ciel.
Chacun de ses accents est une musique qui lui est propre,
Semblables à ceux des oiseaux du matin,
Et quelque chose de plus que la mélodie
Habite toujours en ses paroles;
Elles sont la marque de son coeur,
Et de ses lèvres elles coulent
Comme on peut voir les abeilles chargées
Sortir de la rose.
Les affections sont comme des pensées pour elle,
La mesure de ses heures;
Ses sentiments ont la fragrance,
La fraîcheur des jeunes fleurs;
Et d'aimables passions, souvent changeantes,
La remplissent si bien, qu'elle semble
Tour à tour leur propre image—
L'idole des années écoulées!