Lis-moi dans quelque humble poète,
Dont les chants ont jailli de son coeur,
Comme les averses jaillissent des nuages de l'été,
Ou les larmes des paupières;

Qui à travers de longs jours de labeur
Et des nuits sans repos,
N'a cessé d'entendre en son âme la musique
De merveilleuses mélodies.

De tels chants ont le pouvoir d'apaiser
La pulsation sans repos du souci,
Et descendent comme la bénédiction
Qui suit la prière.

Puis lis, dans le volume favori,
Le poème de ton choix,
Et prête à la rime du poète
La beauté de ta voix.

Et la nuit se remplira de musique,
Et les soucis qui infestent le jour
Replieront leurs tentes comme les Arabes,
Et s'enfuiront aussi silencieux.

Sans beaucoup de frais d'imagination, ces vers ont été admirés à bon droit pour leur délicatesse d'expression. Quelques-unes des images ont beaucoup d'effet. Il ne se peut rien de meilleur que:

…. ces bardes sublimes,
Dont l'écho des pas lointains retentit
A travers les corridors du Temps.

L'idée du dernier quatrain est aussi très saisissante. Toutefois, le poème dans son ensemble, est surtout admirable par la gracieuse insouciance de son mètre, si bien en rapport avec le caractère des sentiments, et surtout avec le laisser-aller du ton général. Il a été longtemps de mode de regarder ce laisser-aller, ce naturel dans le style littéraire, comme un naturel purement apparent—et en réalité comme un point difficile à atteindre. Mais il n'en est point ainsi:—un ton naturel n'est difficile qu'à celui qui s'appliquerait à l'éviter toujours, à être toujours en dehors de la nature.

Un auteur n'a qu'à écrire avec l'entendement ou avec l'instinct, pour que le ton dans la composition soit toujours celui qui plaira à la masse des lecteurs—et naturellement, il doit continuellement varier avec le sujet. L'écrivain qui, d'après la mode de la North American Review, serait toujours, en toute occasion, uniquement serein, sera nécessairement, en beaucoup de cas, simplement niais, ou stupide; et il n'a pas plus de droit à être considéré comme un auteur facile ou naturel qu'un exquis Cockney, ou la Beauté qui dort dans des chefs-d'oeuvre de cire.

Parmi les petits poèmes de Bryant[74], aucun ne m'a plus fortement impressionné que celui qui est intitulé Juin. Je n'en cite qu'une partie: