Epouvantablement ouverts et regardant
A travers l'impureté fangeuse,
Comme avec le dernier regard
Audacieux du désespoir
Fixé sur l'avenir.

Elle est morte sombrement,
Poussée par l'outrage,
La froide inhumanité,
La brûlante folie,
Dans son repos.
Croisez ses mains humblement,
Comme si elle priait en silence,
Sur sa poitrine!
Avouant sa faiblesse,
Sa coupable conduite,
Et abandonnant, avec douceur,
Ses péchés à son Sauveur!

Ce poème n'est pas moins remarquable par sa vigueur que par son pathétique. La versification, tout en poussant la fantaisie jusqu'au fantastique, n'en est pas moins admirablement adaptée à la furieuse démence qui est la thèse du poème.

Parmi les petits poèmes de lord Byron il en est un qui n'a jamais reçu de la critique les hommages qu'il mérite incontestablement[77].

Quoique le jour de ma destinée fût arrivé,
Et que l'étoile de mon destin fût sur son déclin,
Ton tendre coeur a refusé de découvrir
Les fautes que tant d'autres ont su trouver;
Quoique ton âme fût familiarisée avec mon chagrin,
Elle n'a pas craint de le partager avec moi,
Et l'amour que mon esprit s'était fait en peinture,
Je ne l'ai jamais trouvé qu'en toi.

Quand la nature sourit autour de moi,
Le seul sourire qui réponde au mien,
Je ne crois pas qu'il soit trompeur,
Parce qu'il me rappelle le tien;
Et quand les vents sont en guerre avec l'océan,
Comme les coeurs auxquels je croyais le sont avec moi,
Si les vagues qu'ils soulèvent excitent une émotion,
C'est parce qu'elles me portent loin de toi.

Quoique le roc de mon espérance soit fracassé,
Et que ses débris soient engloutis dans la vague,
Quoique je sente que mon âme est livrée
A la douleur—elle ne sera pas son esclave.
Mille angoisses peuvent me poursuivre;
Elles peuvent m'écraser, mais non me mépriser—
Elles peuvent me torturer, mais non me soumettre—
C'est à toi que je pense—non à elles.

Quoique humaine, tu ne m'as pas trompé;
Quoique femme, tu ne m'as point délaissé;
Quoique aimée, tu as craint de m'affliger;
Quoique calomniée, jamais tu ne t'es laissée ébranler;
Quoique ayant ma confiance, tu ne m'as jamais renié;
Si tu t'es séparée de moi, ce n'était pas pour fuir;
Si tu veillas sur moi, ce n'était pas pour me diffamer;
Si tu restas muette, ce n'était pas pour donner au monde
le droit de me condamner.

Cependant je ne blâme pas le monde, ni ne le méprise,
Pas plus que la guerre déclarée par tous à un seul.
Si mon âme n'était pas faite pour l'apprécier,
Ce fut une folie de ne pas le fuir plus tôt:
Et si cette erreur m'a coûté cher,
Et plus que je n'aurais jamais pu le prévoir,
J'ai trouvé que malgré tout ce qu'elle m'a fait perdre,
Elle n'a jamais pu me priver de toi.

Du naufrage du passé, disparu pour moi,
Je puis au moins retirer une grande leçon,
Il m'a appris que ce que je chérissais le plus
Méritait d'être chéri de moi par dessus tout;
Dans le désert jaillit une source,
Dans l'immense steppe il y a encore un arbre,
Et un oiseau qui chante dans la solitude
Et parle à mon âme de toi.