[69] Cet essai, comme l'indique sa forme, n'est autre chose qu'une des lectures ou conférences que Poe fit en 1844 et 1845 sur la poésie et sur les poètes en Amérique.
[70] Cette version est empruntée à la traduction que nous avons publiée des Poésies complètes de Shelley,(3 v. in-18, Albert Savine, éditeur.) Nous saisissons avec empressement cette occasion d'ajouter le remarquable jugement de Poe sur Shelley aux nombreuses appréciations de la Critique Anglaise que nous avons citées dans notre livre: Shelley: sa vie et ses oeuvres (1 v. in-18) qui commente et complète notre traduction.
«Si jamais homme a noyé ses pensées dans l'expression, ce fut Shelley. Si jamais poète a chanté (comme les oiseaux chantent)—par une impulsion naturelle,—avec ardeur, avec un entier abandon—pour lui seul—et pour la pure joie de son propre chant—ce poète est l'auteur de la Plante Sensitive. D'art, en dehors de celui qui est l'instinct infaillible du Génie—il n'en a pas, ou il l'a complètement dédaigné. En réalité il dédaignait la Règle qui est l'émanation de la Loi, parce qu'il trouvait sa loi dans sa propre âme. Ses chants ne sont que des notes frustes—ébauches sténographiques de poèmes—ébauches qui suffisaient amplement à sa propre intelligence, et qu'il ne voulut pas se donner la peine de développer dans leur plénitude pour celle de ses semblables. Il est difficile de trouver dans ses ouvrages une conception vraiment achevée. C'est pour cette raison qu'il est le plus fatigant des poètes. Mais s'il fatigue, c'est plutôt pour avoir fait trop peu que trop; ce qui chez lui semble le développement diffus d'une idée n'est que la concentration concise d'un grand nombre; et c'est cette concision qui le rend obscur.
»Pour un tel homme, imiter était hors de question, et ne répondait à aucun but—car il ne s'adressait qu'à son propre esprit, qui n'eût pas compris une langue étrangère—c'est pourquoi il est profondément original. Son étrangeté provient de la perception intuitive de cette vérité que Lord Bacon a seul exprimée en termes précis, quand il a dit «Il n'y a pas de beauté exquise qui n'offre quelque étrangeté dans ses proportions.» Mais que Shelley soit obscur, original, ou étrange, il est toujours sincère. Il ne connaît pas l'affectation.»
[71] N.P. Willis, essayste, conteur et poète américain. Poe lui a consacré un long article dans ses Essais Critiques sur la littérature américaine. Il reproche surtout à ses compositions «une teinte marquée de mondanité et d'affectation.»
[72] Poe est revenu à plusieurs reprises sur ce morceau dans ses Notes marginales. L'éloge qu'il fait ici du poète américain Longfellow ne l'empêche pas de le juger en maint endroit avec une singulière sévérité. «H.W. Longfellow,» dit-il dans un curieux essai intitulé Autographie où il rapproche le caractère et le génie des écrivains de leur écriture, «a droit à la première place parmi les poètes de l'Amérique—du moins à la première place parmi ceux qui se sont mis en évidence comme poètes. Ses qualités sont toutes de l'ordre le plus élevé, tandis que ses fautes sont surtout celles de l'affectation et de l'imitation—une imitation qui touche quelquefois au larcin.»
[73] Poe critique ainsi cette strophe dans ses Marginalia:
«Une seule plume qui tombe ne peint que bien imparfaitement la toute-puissance envahissante des ténèbres; mais une objection plus spéciale se peut tirer de la comparaison d'une plume avec la chute d'une autre. La nuit est personnifiée par un oiseau, et les ténèbres, qui sont la plume de cet oiseau, tombent de ses ailes, comment? comme une autre plume tombe d'un autre oiseau. Oui, c'est bien cela. La comparaison se compose de deux termes identiques—c'est-à-dire, qu'elle est nulle. Elle n'a pas plus de force qu'une proposition identique en logique.»
[74] William Cullen Bryant, l'un des poètes américains les plus admirés de Poe. «M. Bryant,» dit-il dans son essai critique sur ce poète, «excelle dans les petits poèmes moraux. En fait de versification, il n'est surpassé par personne en Amérique, sinon, peut-être, par M. Sprague…. M. Bryant a du génie et un génie d'un caractère bien tranché; s'il a été négligé par les écoles modernes, c'est qu'il a manqué des caractères uniquement extérieurs qui sont devenus le symbole de ces écoles.»
[75] Poète américain, professeur à l'Université de Maryland, mort à l'âge de vingt-six ans, 1828. En 1825, il publia à Baltimore le volume de poésies d'où celle que cite Poe est tirée. Ce volume fut accueilli en Amérique par les éloges les plus enthousiastes.