Or, s'il nous était permis de supposer que la concentralisation représente exactement la force de la tendance vers le centre,— que l'une est en exacte proportion avec l'autre, et que les deux procèdent simultanément, nous aurions démontré tout ce qui était à démontrer. La seule difficulté ici consiste donc à établir une proportion directe entre la concentralisation et la force de concentralisation; et nous pouvons considérer la chose comme faite si nous établissons une proportion semblable entre l'irradiation et la force d'irradiation.

Une rapide inspection des Cieux suffit pour nous montrer que les étoiles sont distribuées avec une certaine uniformité générale et à une certaine égalité de distance à travers la région de l'espace où elles sont groupées, affectant dans leur ensemble une forme approximativement sphérique;—cette espèce d'égalité, générale plutôt qu'absolue, ne contredisant en rien ma déduction sur l'inégalité de distances, dans de certaines limites, entre les atomes originellement irradiés, et représentant un corollaire du système évident d'infinie complexité de rapports tirée de l'unité absolue. Je suis parti, on se le rappelle, de l'idée d'une distribution généralement uniforme, mais particulièrement inégale, des atomes;—idée confirmée, je le répète, par une inspection des étoiles, telles qu'elles existent actuellement.

Mais même dans l'égalité générale de distribution, en ce qui regarde les atomes, apparaît une difficulté qui, sans aucun doute, s'est déjà présentée à ceux de mes lecteurs qui croient que je suppose cette égalité de distribution effectuée par l'irradiation partant d'un centre. Au premier coup d'œil, l'idée de l'irradiation nous force à accepter cette autre idée, jusqu'à présent non séparée et en apparence inséparable, d'une agglomération autour d'un centre, et d'une dispersion à mesure qu'on s'en éloigne,—l'idée, en un mot, d'inégalité de distribution relativement à la matière irradiée.

Or, j'ai fait observer ailleurs[1] que si la Raison, à la recherche du Vrai, peut jamais trouver sa route, c'est par des difficultés telles que celle actuellement en question, par une telle inégalité, par de telles particularités, par de telles saillies sur le plan ordinaire des choses. Grâce à la difficulté, à la particularité qui se présente ici, je bondis d'un seul coup vers le secret,—secret que je n'aurais jamais pu atteindre sans la particularité et les inductions qu'elle me fournit par son pur caractère de particularité.

La marche de ma pensée, arrivée à ce point, peut être grossièrement dessinée de la manière suivante:—Je me dis: «L'Unité, comme je l'ai expliquée, est une vérité;—je le sens. La Diffusion est une vérité; je le vois. L'Irradiation, par laquelle seule ces deux vérités sont conciliées, est conséquemment une vérité; je le perçois. L'égalité de diffusion, d'abord déduite à priori et ensuite confirmée par l'inspection des phénomènes, est aussi une vérité;—je l'admets pleinement. Jusqu'ici tout est clair autour de moi;—il n'y a pas de nuages derrière lesquels puisse se cacher le secret, le grand secret du modus operandi de la gravitation;—mais ce secret est quelque part aux environs, très-certainement, et n'y eût-il qu'un seul nuage en vue, je serais tenu de soupçonner ce nuage.» Et justement, comme je me dis cela, voilà qu'un nuage apparaît. Ce nuage est l'impossibilité apparente de concilier ma vérité, irradiation avec mon autre vérité, égalité de diffusion. Je me dis alors: «Derrière cette impossibilité apparente doit se trouver ce que je cherche.» Je ne dis pas: impossibilité réelle; car une invincible foi dans mes vérités me confirme qu'il n'y a là, après tout, qu'une simple difficulté; mais je vais jusqu'à dire, avec une confiance opiniâtre, que, quand cette difficulté sera résolue, nous trouverons, enveloppée dans le procédé de solution, la clef du secret que nous cherchons. De plus, je sens que nous ne découvrirons qu'une seule solution possible de la difficulté, et cela, pour cette raison que, s'il y en avait deux, l'une des deux serait superflue, sans utilité, vide, ne contenant aucune clef, puisqu'il n'est pas besoin d'une double clef pour ouvrir un secret quelconque de la nature.

Et maintenant examinons:—les notions ordinaires, les notions distinctes que nous pouvons avoir de l'irradiation, sont tirées du mode tel que nous le voyons appliqué dans le cas de la Lumière. Là nous trouvons une effusion continue de courants lumineux, avec une force que nous n'avons aucun droit de supposer variable. Or, dans n'importe quelle irradiation de cette nature, continue et d'une force invariable, les régions voisines du centre doivent être inévitablement plus remplies que les régions éloignées. Mais je n'ai supposé aucune irradiation telle que celle-là. Je n'ai pas supposé une irradiation continue; par la simple raison qu'une telle supposition impliquerait d'abord la nécessité d'adopter une conception que l'homme, ainsi que je l'ai montré, ne peut pas adopter, et que l'examen du firmament réfute, ainsi que je le démontrerai plus amplement,—la conception d'un Univers sidéral absolument infini,—et impliquerait, en second lieu, l'impossibilité de comprendre une réaction, c'est-à-dire la gravitation, telle qu'elle existe maintenant, puisque, tant qu'une action se continue, aucune réaction, naturellement, ne peut avoir lieu. Donc, ma supposition, ou plutôt l'inévitable déduction tirée des justes prémisses, était celle d'une irradiation déterminée, d'une irradiation finalement discontinuée.

Qu'il me soit permis maintenant de décrire le seul mode possible selon lequel nous pouvons comprendre que la matière ait été répandue à travers l'espace, de manière à remplir à la fois les conditions d'irradiation et de distribution généralement égale.

Par commodité d'illustration, imaginons d'abord une sphère creuse, de verre ou d'autre matière, occupant l'espace à travers lequel la matière universelle a été également éparpillée, par le moyen de l'irradiation, de la particule absolue, indépendante, inconditionnelle, placée au centre de la sphère.

Un certain effort de la puissance expansive (que nous présumons être la Volonté Divine),—en d'autres termes, une certaine force, dont la mesure est la quantité de matière, c'est-à-dire le nombre des atomes,—a émis, émet, par irradiation, ce nombre d'atomes, les chassant hors du centre dans toutes les directions, leur proximité réciproque diminuant à mesure qu'ils s'éloignent de ce centre, jusqu'à ce que finalement ils se trouvent éparpillés sur la surface intérieure de la sphère.

Quand les atomes ont atteint cette position, ou pendant qu'ils tendaient à l'atteindre, un second exercice inférieur de la même force,—une seconde force inférieure de la même nature,—émet de la même manière, par irradiation, une seconde couche d'atomes qui va se déposer sur la première; le nombre d'atomes, dans ce cas comme dans le premier, étant la mesure de la force qui les a émis,—en d'autres termes, la force étant précisément appropriée au dessein qu'elle accomplit,—la force et le nombre d'atomes envoyés par cette force étant directement proportionnels.