—Lors de l'application de votre premier système?—dis-je, répétant ses propres paroles.—Dois-je entendre par là que le système de douceur dont on m'a tant parlé a cessé d'être appliqué chez vous?

—Il y a maintenant quelques semaines,—répliqua-t-il,—que nous avons décidé de l'abandonner à tout jamais.

—En vérité! vous m'étonnez.

—Nous avons jugé absolument nécessaire,—dit-il avec un soupir,—de revenir aux vieux errements. Le système de douceur était un effrayant danger de tous les instants, et ses avantages ont été estimés à un trop haut prix. Je crois, monsieur, que, si jamais épreuve loyale a été faite, c'est dans cette maison même. Nous avons fait tout ce que pouvait raisonnablement suggérer l'humanité. Je suis fâché que vous ne nous ayez pas rendu visite à une époque antérieure. Vous auriez pu juger la question par vous-même. Mais je suppose que vous êtes bien au courant du traitement par la douceur dans tous ses détails.

—Pas absolument. Ce que j'en connais, je le tiens de troisième ou de quatrième main.

—Je définirai donc le système en termes généraux: un système où le malade était ménagé; un système de laisser faire. Nous ne contredisions aucune des fantaisies qui entraient dans la cervelle du malade. Au contraire, non-seulement nous nous y prêtions, mais encore nous l'encouragions; et c'est ainsi que nous avons pu opérer un grand nombre de cures radicales. Il n'y a pas de raisonnement qui touche autant la raison affaiblie d'un fou que la réduction à l'absurde. Nous avons eu des hommes, par exemple, qui se croyaient poulets. Le traitement consistait, en ce cas, à reconnaître, à accepter le cas comme fait positif,—à accuser le malade de stupidité en ce qu'il ne reconnaissait pas suffisamment son cas comme fait positif,—et dès lors à lui refuser, pendant une semaine, toute autre nourriture que celle qui appartient proprement à un poulet. Grâce à cette méthode, il suffisait d'un peu de grain et de gravier pour opérer des miracles.

—Mais cette espèce d'acquiescement de votre part à la monomanie, était-ce tout?

—Non pas. Nous avions grande foi aussi dans les amusements d'une nature simple, tels que la musique, la danse, les exercices gymnastiques en général, les cartes, certaines classes de livres, etc., etc. Nous faisions semblant de traiter chaque individu pour une affection physique ordinaire, et le mot folie n'était jamais prononcé. Un point de grande importance était de donner à chaque fou la charge de surveiller les actions de tous les autres. Mettre sa confiance dans l'intelligence ou la discrétion d'un fou, c'est le gagner corps et âme. Par ce moyen, nous pouvions nous passer de toute une classe fort dispendieuse de surveillants.

—Et vous n'aviez de punitions d'aucune sorte?

—D'aucune.