—Et vous n'enfermiez jamais vos malades?
—Très-rarement. De temps à autre, la maladie de quelque individu s'élevant jusqu'à une crise, ou tournant soudainement à la fureur, nous le transportions dans une cellule secrète, de peur que le désordre de son esprit n'infectât les autres, et nous le gardions ainsi jusqu'au moment où nous pouvions le renvoyer à ses parents ou à ses amis;—car nous n'avions rien à faire avec le fou furieux. D'ordinaire, il est transféré dans les hospices publics.
—Et maintenant vous avez changé tout cela; et vous croyez avoir fait pour le mieux?
—Décidément, oui. Le système avait ses inconvénients et même ses dangers. Actuellement, il est, Dieu merci! condamné dans toutes les maisons de santé de France.
—Je suis très-surpris,—dis-je,—de tout ce que vous m'apprenez; car je considérais comme certain qu'il n'existe pas d'autre méthode de traitement de la folie, actuellement en vigueur, dans toute l'étendue du pays.
—Vous êtes encore jeune, mon ami,—répliqua mon hôte,—mais le temps viendra où vous apprendrez à juger par vous-même tout ce qui se passe dans le monde, sans vous fier au bavardage d'autrui. Ne croyez rien de ce que vous entendez dire, et ne croyez que la moitié de ce que vous voyez. Or, relativement à nos maisons de santé, il est clair que quelque ignare s'est joué de vous. Après le dîner, cependant, quand vous serez suffisamment remis de la fatigue de votre voyage, je serai heureux de vous promener à travers la maison et de vous faire apprécier un système qui, dans mon opinion et dans celle de toutes les personnes qui ont pu en voir les résultats, est incomparablement le plus efficace de tous ceux imaginés jusqu'à présent.
—C'est votre propre système?—demandai-je,—un système de votre invention?
—Je suis fier,—répliqua-t-il,—d'avouer que c est bien le mien, au moins dans une certaine mesure.»
Je conversai ainsi avec M. Maillard une heure ou deux, pendant lesquelles il me montra les jardins et les cultures de l'établissement.