Le jeune homme se leva et alla s'appuyer contre la cheminée. Une agitation violente s'empara de lui. Il sentait que les minutes étaient comptées, et que d'un moment à l'autre il entendrait les roues de la voiture qui venait chercher Ellen.
—Vous savez que votre tante est persuadée que vous retournerez auprès de votre mari? finit-il par dire.
Mme Olenska releva vivement la tête. Une soudaine rougeur colora son visage, gagnant son cou et ses épaules.
—On a cru sur moi de bien vilaines choses, dit-elle.
—Ellen, pardonnez-moi! Je suis un imbécile et une brute!
Elle sourit doucement.
—Vous êtes horriblement nerveux: vous aussi, vous avez vos ennuis. Je sais que vous voudriez hâter votre mariage, et que les Welland s'y opposent. En Europe, on ne connaît pas nos longues fiançailles américaines. Sans doute les Européens sont moins calmes que nous.
Elle avait prononcé le «nous» avec une légère emphase qui donnait au mot un sens ironique. Archer comprit l'ironie, mais n'osa pas la relever. Après tout, c'était peut-être exprès qu'elle avait détourné la conversation. Après l'avoir si évidemment blessée, il sentait qu'il n'avait plus qu'à la suivre sur le terrain qu'elle avait choisi. Il s'affolait de sentir couler les minutes, et ne pouvait supporter l'idée qu'une barrière de mots allait retomber entre eux.
—Oui, dit-il enfin, je suis allé dans le Midi pour demander à May de fixer notre mariage après Pâques...
—Et vous n'avez pu l'obtenir... Pourtant May vous adore. Et je la croyais trop intelligente pour être à ce point l'esclave des conventions.