Après le déjeuner, il écrivit un mot et le fit porter à l'hôtel Parker. Il lui fut répondu que cette dame était sortie.
Archer répéta: «Sortie?» comme si c'était un mot d'une langue inconnue. Il se leva et alla dans le hall. Ce devait être une erreur: elle ne pouvait pas être sortie à cette heure matinale.
La ville lui était devenue soudain étrangère et dépeuplée. Il décida de se rendre lui-même à l'hôtel Parker. Au moment de traverser le Common, quelle ne fut pas sa surprise de l'apercevoir, assise sur le premier banc, la tête ombragée sous une ombrelle grise. Comment avait-il jamais pu se la représenter avec une ombrelle rose? À mesure qu'il approchait, il fut frappé de son attitude lasse, indifférente. Il vit son profil incliné, les cheveux noués bas sur la nuque, sous le chapeau noir, et le long gant ridé sur le bras qui tenait l'ombrelle. Il était à deux pas d'elle quand elle se retourna, levant les yeux vers lui.
—Vous! dit-elle, et Archer lui vit une expression de saisissement qui, lentement, se changea en sourire.
Sans se lever, elle lui fit place sur le banc.
—Je suis ici pour affaires. Je viens d'arriver, expliqua-t-il. Mais vous? Comment vous trouvez-vous dans ce désert?
Il ne savait vraiment ce qu'il disait, il avait le sentiment de lui parler à travers des distances infinies, et qu'elle lui échapperait avant qu'il eût pu la rejoindre.
—Moi? Je suis venue aussi pour affaires, répondit-elle, se retournant vers lui: leurs deux visages étaient proches.
Les mots lui parvenaient à peine, il n'entendait que la voix, dont il avait peine à retrouver le timbre. Il ne se rappelait même pas que cette voix fût si profonde, et voilée par instants.
—Vous avez changé votre coiffure, dit-il brusquement, et son cœur battait comme s'il venait de prononcer des paroles définitives.