Ils marchèrent quelques instants en silence. Enfin elle dit:
—Je vous l'expliquerai, mais où? On ne peut pas être seul une minute dans cette maison aux portes toujours ouvertes, où toujours quelque domestique vous apporte le thé, une bûche ou un journal! Ne peut-on jamais, dans une maison américaine, être un peu seule? Vous qui êtes si réservés, si discrets, comment se fait-il que vous ayez si peu le sens de l'intimité?
—Ah! vous ne nous aimez pas! s'écria Archer.
Ils passaient devant la maison du vieux «Patroon.» Sa façade basse, percée de petites fenêtres, était dominée, à la mode hollandaise, par une seule cheminée centrale. Les volets étaient ouverts, et, à travers les vitres, Archer aperçut la lueur d'un feu.
—Tiens! la maison est ouverte? dit-il.
Elle s'arrêta:
—Pour aujourd'hui, tout au moins. Je désirais la visiter, et Mr van der Luyden a fait allumer du feu, afin que nous puissions y passer en revenant de l'église, ce matin.
Elle monta les marches en courant et tourna la poignée de la porte.
—Elle est encore ouverte. Quelle chance! Entrez et nous pourrons causer tranquillement. Mrs van der Luyden est allée jusqu'à Rhinebeck voir les vieilles tantes, et on ne s'apercevra pas de notre absence.
Il la suivit dans l'étroit couloir. La dépression que lui avaient causée les dernières paroles de la comtesse Olenska fit place à un mouvement de joie. La petite maison intime, avec ses boiseries peintes, ses cuivres où se reflétait le feu, s'ouvrait là pour eux comme par enchantement. Un grand lit de braises luisait encore dans la cheminée de la cuisine, sous un chaudron suspendu à une vieille crémaillère. Des chaises cannées se faisaient face des deux côtés du foyer revêtu de vieilles faïences bleues, et des rangées d'assiettes de Delft ornaient les murs. Archer jeta un fagot dans la cheminée. Mme Olenska, ôtant son manteau, prit une des chaises, et Archer, appuyé à la cheminée, l'interrogea du regard.