—Vous riez maintenant; mais quand vous m'avez écrit, vous étiez malheureuse, dit-il.
—Oui.
Elle ajouta:
—Je ne peux pas me sentir malheureuse quand vous êtes là...
—Je ne serai pas ici longtemps, observa-t-il sèchement.
—Sans doute. Mais je ne sais pas prévoir! Je vis dans le moment où je suis heureuse.
Ces mots glissèrent en lui comme une tentation; pour s'y dérober, il s'éloigna de la cheminée et se mit à regarder les troncs noirs des arbres qui se détachaient sur la neige. Mais il voyait encore, entre lui et les arbres, la jeune femme penchée sur le feu, avec son sourire indolent. Le cœur d'Archer battait en désordre. Était-ce lui qu'elle avait fui? Avait-elle attendu pour le lui dire qu'ils fussent ensemble seuls dans cette chambre?
—Ellen, si vraiment je puis vous aider, si réellement vous désiriez ma venue ici, dites-moi ce qu'il y a, dites-moi à qui vous voulez échapper!
Il parlait sans changer de position, sans se retourner pour la regarder. Si le destin devait parler, ce serait ainsi, avec toute l'étendue de cette chambre entre eux, tandis qu'il continuait, par la fenêtre, à regarder la neige.
Longtemps elle resta silencieuse. Un moment, Archer s'imagina presque entendre qu'elle s'approchait de lui, prête à lui jeter ses bras légers autour du cou. Tout son être palpitait dans l'attente... Soudain il vit un homme vêtu d'un épais pardessus, son col de fourrure relevé, qui s'avançait par le sentier vers la maison. Archer reconnut Julius Beaufort.