—Je ne le crois pas, mais il a besoin de soins.

—Je le soignerai.

Le docteur fit un signe d’assentiment et sortit. Je restais assis dans la petite chambre, la main brûlante de Roberto dans la mienne. Peu à peu la fièvre tomba; les doigts agités se calmèrent et le rouge disparut de ses joues amaigries. Vers la fin de la journée il leva les yeux sur moi et me sourit.

—Egidio, dit-il tranquillement.

Je lui administrai les derniers sacrements, et les ayant reçus avec dévotion il s’endormit paisiblement. J’étais trop inquiet sur le sort de mon ami pour chercher à pénétrer le mystère qui l’entourait. Mon unique souci était de sauver sa vie. Nuit et jour je luttai contre la fièvre qui céda enfin. Le plus souvent il avait le délire, ou restait inconscient; mais il me reconnaissait de temps à autre et murmurait: «Egidio» avec un regard apaisé.

J’avais employé à le soigner une grande partie du temps consacré d’habitude à mes occupations paroissiales, et, lorsque tout danger fut conjuré, je dus retourner à mes ouailles. Je commençai alors seulement à me demander ce qui avait amené Roberto en Amérique, mais je n’osais pas chercher la réponse.

Enfin, le quatrième jour, je pris le temps de grimper jusqu’à sa chambre. Je le trouvai assis, soutenu par des oreillers, faible comme un enfant, mais calme et avec l’œil clair. Je m’élançai au-devant de lui, mais il m’arrêta:

—Monsieur le curé, dit-il, le docteur m’apprend que je dois la vie à vos soins, et j’ai à vous remercier de la bonté que vous avez montrée à un étranger sans ami.

—Un étranger? dis-je avec stupéfaction. Il me regarda tranquillement.

—Je ne crois pas que nous nous soyons jamais rencontrés, dit-il.