Le lendemain matin, Waythorn sortit plus tôt que de coutume. Haskett ne viendrait probablement que dans l’après-midi, mais un sentiment d’appréhension lui fit quitter la maison, et il se proposa de rester dehors toute la journée, peut-être même de dîner à son club. Comme il fermait la porte, il pensa qu’avant qu’il la rouvrît, elle aurait donné accès à un autre homme qui avait autant de droits que lui à la franchir, et cette idée lui causa une véritable répugnance physique.

Il prit le chemin de fer aérien à l’heure des employés et se trouva comprimé au milieu de la cohue humaine. En passant à la Huitième Avenue, l’homme en face de lui descendit; un autre monta à sa place, et Waythorn, levant la tête, reconnut Gus Varick. Ils étaient si près l’un de l’autre que Waythorn ne pouvait pas ne pas voir un léger signe de reconnaissance sur le visage de Varick, dont le genre de vie, plus bohème à présent, avait bouffi les traits autrefois si réguliers. Et après tout... pourquoi ne se seraient-ils pas salués? Ils avaient toujours été en bons termes, et Varick était divorcé avant que Waythorn eût remarqué et courtisé sa femme. Tous deux échangèrent un mot banal sur le désagrément de ces trains perpétuellement bondés, et lorsqu’il se trouva une banquette vide à côté d’eux l’horreur instinctive de la foule grossière poussa Waythorn à s’y asseoir avec Varick.

Ce dernier eut un soupir de soulagement.

—Sapristi! je me croyais vraiment passé à l’état de sardine!

Et il s’appuya en arrière, en regardant Waythorn avec insouciance.

—Je regrette que Sellers soit de nouveau malade, dit-il.

—Sellers?

Waythorn sursauta en entendant le nom de son associé sur les lèvres de Varick.

Celui-ci parut étonné.

—Vous ne le saviez pas pris par une crise de goutte? demanda-t-il.