L’affaire était tentante, mais exigeait des négociations. Il écouta avec calme Sellers, qui lui expliquait la situation, et lorsque ce dernier eut terminé, il demanda:
—Vous croyez que je devrais voir Varick?
—Je ne pense pas que je puisse le voir encore moi-même. Le docteur est inflexible sur ce point, et cette affaire ne peut attendre. Il m’en coûte de vous demander ce service, mais au bureau vous êtes le seul à connaître la chose à fond.
Waythorn resta un instant silencieux. Il lui importait fort peu que Varick fît de bons placements, mais il fallait aussi penser à la réputation de la maison Sellers-Waythorn, et il trouvait difficile de refuser à son associé le service qu’il lui demandait.
—Très bien, répondit-il, je le verrai.
Dans l’après-midi de ce même jour, Varick, appelé par téléphone, vint au bureau. Waythorn, l’attendant dans son cabinet, se demandait ce qu’en pensaient les jeunes clercs. Au moment de son mariage les journaux avaient appris au public tous les détails des précédentes mésaventures conjugales de Mrs Waythorn, et il se rendait compte des sourires qu’esquisseraient les visages des jeunes en introduisant Varick dans son cabinet.
Varick se comporta à merveille. Il paraissait à l’aise, sans pour cela manquer de dignité, et Waythorn avait conscience de faire lui-même moins bonne contenance. Varick n’ayant aucune habitude des affaires, l’entretien dura environ une heure, pendant laquelle Waythorn lui expliqua avec une précision scrupuleuse tous les détails de la transaction proposée.
—Je vous suis infiniment reconnaissant, lui dit Varick en se levant. Le fait est que je ne suis guère habitué à manier de grosses sommes d’argent, et je ne veux pas me laisser dindonner.
Il sourit, et Waythorn fut obligé de reconnaître la bonhomie de ce sourire.
—Il me paraît assez singulier et agréable de pouvoir payer comptant ce que je dois, continua Varick. J’aurais vendu mon âme il y a quelques années pour avoir cette chance-là.