Il hésita à employer le pronom possessif en s’adressant à Haskett. Ce dernier soupira.
—Je ne sais si cela servira à grand’chose; elle n’a pas paru s’en soucier quand je lui ai parlé.
Waythorn rougit:
—Quand l’avez-vous vue? demanda-t-il brusquement.
—Pas depuis le premier jour où je suis venu voir Lily, dès qu’elle est tombée malade. J’ai fait observer ce jour-là à Mrs Waythorn que la gouvernante me déplaisait.
Waythorn ne répondit pas. Il se rappela très clairement avoir demandé à sa femme, après la première visite de Haskett, si elle l’avait vu. Elle lui avait donc menti ce jour-là, mais elle avait, depuis, respecté ses volontés, et cet incident jetait une lumière nouvelle sur son caractère. Il était persuadé qu’elle n’aurait pas vu Haskett ce jour-là si elle eût soupçonné la répugnance de son mari pour cette entrevue; mais ce manque de perspicacité de sa part fut aussi désagréable à Waythorn que la découverte du mensonge.
—Je n’aime pas cette personne, répétait Haskett avec une douce insistance. Elle n’est pas franche, monsieur Waythorn, elle apprendra à l’enfant la dissimulation. J’ai déjà remarqué en Lily un changement fâcheux; elle cherche trop à être agréable à tout le monde, et elle ne dit plus toujours la vérité, elle qui était la plus droite au monde, monsieur Waythorn...—Il s’arrêta, la voix un peu étranglée.—Non pas que je veuille l’empêcher de recevoir une éducation soignée, ajouta-t-il.
Waythorn fut touché.
—Je regrette, monsieur Haskett, mais je ne vois franchement pas ce que je peux faire.
Haskett hésita. Puis il posa son chapeau sur la table, et s’avança devant la cheminée où se tenait Waythorn. Il n’y avait rien d’agressif dans son attitude: c’était seulement un homme timide, résolu à prendre une décision nette dans une affaire d’importance.