Cette réponse froissa Waythorn plus profondément.

—La question est celle-ci: quelle autorité a-t-il sur elle? répéta-t-il.

Elle baissa les yeux, en se tortillant un peu sur sa chaise.

—Je veux bien le voir; je croyais que vous vous y opposiez, balbutia-t-elle.

En un clin d’œil il comprit qu’elle connaissait l’étendue des droits de Haskett; peut-être n’était-ce pas la première fois qu’elle y résistait.

—Que je m’y oppose ou non, cela n’importe en rien, répondit-il froidement. Si Haskett a voix au chapitre, il faut le consulter.

Elle éclata en sanglots, et il vit qu’elle s’attendait à être considérée par lui comme une victime.

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Haskett n’abusa pas de ses droits. Dans son for intérieur, Waythorn avait prévu qu’il ne le ferait pas. Mais la gouvernante fut renvoyée, et, de temps en temps, le petit homme demandait à voir Alice. Après la première explosion d’indignation elle accepta la situation avec la facilité d’assimilation qui lui était habituelle. Waythorn avait une fois pris Haskett pour un accordeur de piano, et au bout d’un ou deux mois Mrs Waythorn parut, elle aussi, le considérer comme faisant partie du personnel de la maison. Waythorn ne pouvait s’empêcher de respecter cette ténacité paternelle. Au début il avait cherché à se persuader que Haskett «mijotait un coup», qu’il poursuivait un but déterminé en voulant s’assurer l’entrée de la maison. Mais au fond de son cœur Waythorn était bien convaincu de la sincérité de sentiments de Haskett, et il devinait même, en ce dernier, un mépris profond des avantages que ses relations avec les Waythorn pourraient lui offrir. Sa droiture d’intention rendait cet homme invulnérable, et son successeur dut l’accepter comme une charge attachée à la propriété.