—Croire à quoi, ma chère enfant?
Le regard de la jeune fille s’illumina:
—A une vie plus élevée, à l’affranchissement de l’individu, à la loi de fidélité envers soi-même! s’écria-t-elle vivement.
Mrs Westall fut elle-même étonnée de se sentir rougir.
—Ma chère Una, dit-elle, vous ne comprenez pas le moins du monde de quoi il s’agit.
Miss Van Sideren la regarda fixement en rougissant à son tour:
—Ne comprenez-vous pas non plus? murmura-t-elle.
Mrs Westall partit d’un éclat de rire:
—Pas toujours... ni complètement! Mais donnez-moi donc un peu de thé.
Una la conduisit dans le coin où l’on servait les breuvages inoffensifs, et Julia, en prenant la tasse de la main de la jeune fille, scruta plus attentivement son visage, moins jeune qu’elle ne l’avait cru. Sur ce teint frais et rose les lignes commençaient déjà à s’accentuer; Una devait bien avoir vingt-six ans. Pourquoi donc ne s’était-elle pas mariée? Elle apporterait du reste comme dot un assez joli stock d’idées!... Si c’était là le complément de trousseau de la jeune fille moderne... Mrs Westall se ressaisit en tressaillant. Elle crut avoir entendu parler un étranger qui aurait emprunté sa propre voix. Puis, s’apercevant tout à coup que l’atmosphère était étouffante et le thé d’Una trop sucré, elle posa sa tasse et chercha le regard de Westall, comme elle avait coutume de le faire dans ses moments d’indécision. Elle le croisa une seconde, et remarqua qu’il se dirigeait vers un point plus éloigné. En effet, il s’était fixé sur le coin de l’atelier où Una était allée s’asseoir, un de ces coins fleuris, prédisposant au flirt, et qui faisaient tout le succès des samedis de Mrs Van Sideren.