Mrs Cope la lâcha, en éclatant de rire.
—Oh! vous pouvez aller, parbleu! je ne vous retiendrai pas de force!... Irez-vous de ce pas dire à lady Susan Condit que nous faisons la paire, vous et moi?... ou bien voulez-vous que je me charge de l’éclairer?
Lydia restait immobile, au milieu de l’allée, ne voyant plus son adversaire qu’à travers une brume d’épouvante. Mrs Cope riait toujours:
—Vous savez, ma chère, je ne suis pas méchante; mais vous en exigez un peu plus qu’il ne faut en demander!... C’est impossible, vous dites que c’est impossible?... Il faut que je vous lâche, oui!... Vous êtes trop comme il faut pour vous mêler de mes affaires, n’est-ce pas? Mais, petite bête, la première fois que je vous ai vue, j’ai compris que vous et moi nous étions toutes les deux à fourrer dans le même sac: voilà pourquoi je me suis adressée à vous.
Elle s’approcha de Lydia et son sourire se dilata comme une lampe à travers le brouillard.
—Vous avez le choix, vous savez: je joue toujours franc jeu. Si vous le dites vous-même, je promets de me taire... Eh bien! qu’est-ce que vous décidez?
Lydia, machinalement, avait commencé de s’éloigner, pour échapper à cette furieuse rafale de paroles. Mais, à cette sommation, elle se retourna et vint se rasseoir:
—Allez, dit-elle simplement, je reste ici.
IV
Elle demeura là longtemps, comme hypnotisée, à contempler, non le présent de Mrs Cope, mais son propre passé. Gannett, de bonne heure, ce matin-là, était parti pour une longue promenade. Il avait pris l’habitude de vagabonder ainsi dans la montagne avec divers compagnons d’hôtels; mais eût-il été à sa portée, Lydia ne serait pas allée le trouver maintenant: elle avait trop à faire avec elle-même, d’abord. Elle reconnaissait avec surprise à quel point, dans ces derniers mois, elle avait perdu l’habitude de l’examen de conscience. Depuis leur arrivée à l’hôtel Bellosguardo, elle et Gannett s’étaient tacitement évités eux-mêmes comme ils s’évitaient l’un l’autre.