—Comment faire?
—Intéresser quelqu'un à la mort de Germaine. Suppose un malade qui dirait à ses domestiques: mes enfants, soignez-moi bien: le jour de ma mort, vous aurez tous mille francs de rente. Crois-tu que cet homme-là aurait longtemps à vivre? Il se trouverait dans le nombre un gaillard intelligent qui exécuterait à sa façon les ordonnances du médecin. On lui donnerait ses mille francs de rente, et les héritiers….
—Hériteraient, j'entends bien. Mais nous n'avons qu'un domestique à choisir. Si nous allions tomber sur un honnête homme!
—Il y en a donc?
—Le Tas, tu calomnies le genre humain. Il y a beaucoup d'hommes qui ne joueraient pas leur tête pour mille francs de rente.
—Moi, je suis sure que si nous envoyions là-bas un petit bonhomme comme j'en connais, un pur gamin de Paris, pâle comme une pomme verte, gâté par les autres domestiques, jaloux de ceux qu'il sert, envieux du luxe qu'il voit, vicieux comme les égouts, il aurait compris au bout de quinze jours l'avenir qui lui est offert.
—Peut-être. Mais s'il manquait son coup?
—Alors prends un homme d'expérience; trouve un praticien qui ait l'habitude des choses et qui en fasse son état.
—Tu penses au pays, ma fille.
—Dame! il y avait de bien jolis sujets à Toulon.