—Je t'en fais mon compliment. C'est tout ce que tu avais à me dire?
—Non, madame; je viens vous apporter deux lettres.
—Donne donc!
—Un petit moment, madame; je les cherche sous la coiffe de mon chapeau. Les voici!»
L'une de ces lettres était de Gaston, l'autre de Lucile. Gaston disait:
Ma charmante mère,
Dans l'espoir que l'amour maternel vous arrachera de ce Paris que vous aimez trop, j'emmène votre fille à Arlange. Puissiez-vous venir bientôt nous y rejoindre!
«Qui est-ce qui t'a donné cela?» demanda Mme Benoît à Jacquet. Mais Jacquet avait fui, comme un oiseau devant l'orage. Elle décacheta vivement la lettre de sa fille et trouva trois pages d'excuses qui se terminaient par ces mots: «La femme doit suivre son mari.»
Je ne veux pas médire du cœur humain, mais la veuve, après avoir lu ces deux lettres, ne pensa ni à l'abandon de sa fille, ni à la trahison de son gendre, ni à l'isolement où on la laissait, ni à la rupture de tous les liens qui l'attachaient à sa famille. Elle pensa qu'elle venait d'acheter une invitation, que cette invitation était au nom d'Outreville, qu'elle ne pouvait servir à Mme Benoît, et qu'on danserait sans elle à l'hôtel de Croix-Maugars.