Lucile d'Outreville.

«Oui-dà, s'écria Mme Benoît, un petit-fils! Et si c'était une petite-fille!»

Elle courut à la cheminée, et poursuivit, en se mirant dans une glace: «J'ai quarante-deux ans; dans seize ans, ma petite-fille fera son entrée dans le monde; ses parents ne sortiront jamais d'Arlange: qui est-ce qui la conduira au faubourg, si ce n'est moi? Chère petite! je l'aime déjà. J'aurai cinquante-huit ans, je serai encore jeune; et d'ici là, je ne ferai pas la sottise de me laisser mourir comme certains vieux maladroits. En route pour Arlange!

—Madame, interrompit Julie, on vient de la Reine Artémise avec des étoffes de deuil.

—Renvoyez-moi ces gens-là! Est-ce qu'on se moque de moi? Le baron ne m'était rien, et je ne veux pas étaler des regrets ridicules.

—Mais, madame, c'est madame qui a dit...

—Mademoiselle Julie, quand votre maîtresse vous parle, il ne vous appartient pas de dire mais. Parce que j'ai supporté vos défauts pendant quinze ans, vous avez peut-être cru que j'étais engagée avec vous pour la vie? C'est comme maître Pierre, votre fidèle ami, qui suit vos bons exemples et n'en veut faire qu'à sa tête. Vous me servez passablement mal; et ce qui est beaucoup plus grave, il vous est arrivé à tous deux de manquer grossièrement à Mme la marquise d'Outreville. Ne venez pas encore objecter que c'est moi qui avais dit. Le fait est que ma fille ne peut plus vous voir ni l'un ni l'autre; et comme je retourne à Arlange...

—Je comprends; madame nous punit de lui avoir obéi.»

C'est ainsi que Mme Benoît congédia ses alliés avant la signature de la paix. Deux jours plus tard, son sourire éclairait Arlange. Elle ne parla point du passé; elle s'abstint de toutes récriminations; elle se réconcilia franchement avec sa fille et son gendre: peu s'en fallut qu'elle ne convînt de ses torts.

«Mes enfants, dit-elle, que vous êtes bien ici! Restez-y longtemps, restez-y toujours! Gaston avait bien raison de faire l'éloge de la campagne: C'est moi qui doterai vos filles: ainsi, ma Lucette, règle-toi là-dessus.