Deux jours après, le nez de M. L’Ambert désenfla d’une façon visible, mais la couleur rouge tenait bon. Vers la fin de la semaine, son volume était réduit d’un bon tiers. Au bout de quinze jours, il pela horriblement, fit peau neuve et reprit sa forme et sa couleur primitives.

Le docteur triomphait.

—Mon seul regret, disait-il, c’est que nous n’ayons point gardé le Romagné dans une cage pour observer sur lui comme sur vous les effets du traitement. Je suis sûr que, durant sept ou huit jours, il a été couvert d’écailles comme une couleuvre.

—Qu’il aille au diable! ajouta chrétiennement M. L’Ambert.

Dès ce jour, il reprit ses habitudes: sortit en voiture, à cheval, à pied; dansa dans les bals du faubourg et embellit de sa présence le foyer de l’Opéra. Toutes les femmes lui firent bon accueil dans le monde et hors du monde. Une de celles qui le félicitèrent le plus tendrement de sa guérison fut la sœur aînée de l’ami Steimbourg.

Cette aimable personne avait coutume de regarder les hommes dans le blanc des yeux. Elle remarqua très judicieusement que M. L’Ambert était sorti plus beau de cette dernière crise. Oui, vraiment, il semblait que deux ou trois mois de souffrances eussent donné à son visage je ne sais quoi d’achevé. Le nez surtout, ce nez droit, qui venait de rentrer dans ses limites après une dilatation cuisante, paraissait plus fin, plus blanc et plus aristocratique que jamais.

Telle était aussi l’opinion du joli notaire, et il se contemplait dans toutes les glaces avec une admiration toujours nouvelle. C’était plaisir de le voir, face à face avec lui-même, et souriant à son propre nez.

Mais, au retour du printemps, dans la seconde quinzaine de mars, tandis que la sève généreuse enflait les bourgeons des lilas, M. L’Ambert eut lieu de croire que son nez seul était privé des bienfaits de la saison et des bontés de la nature. Au milieu du rajeunissement de toutes choses il pâlissait comme une feuille d’automne. Les ailes amincies et comme desséchées par le souffle d’un sirocco invisible, s’aplatissaient contre la cloison.

—Mort de ma vie! disait le notaire en faisant la grimace au miroir, la distinction est une belle chose, comme la vertu; mais pas trop n’en faut. Mon nez devient d’une élégance inquiétante, et bientôt il ne sera plus qu’une ombre si je ne lui rends la force et la couleur!

Il y mit un peu de rouge. Mais le fard ne servait qu’à faire ressortir la finesse incroyable de cette ligne droite et sans épaisseur qui lui séparait la figure en deux. Telle on voit une lame de fer battu se dresser mince et coupante au milieu d’un cadran solaire; tel était le nez fantastique du notaire désespéré.