—Vous le sauverez, cher docteur!
—D’abord, il ne m’appartient pas. Il est dans le service d’un de mes confrères, qui l’étudie avec une certaine curiosité.
—On vous le cédera! nous l’achèterons, s’il le faut.
—Y songez-vous! Un médecin ne vend pas ses malades. Il les tue quelquefois, dans l’intérêt de la science, pour voir ce qu’ils ont dans le corps. Mais en faire un objet de commerce, jamais! Mon ami Fogatier me donnera peut-être votre Auvergnat; mais le drôle est bien malade, et, pour comble de disgrâce, il a pris la vie en tel dégoût qu’il ne veut pas guérir. Il jette tous les médicaments. Quant à la nourriture, tantôt il se plaint de n’en pas avoir assez, et réclame à grands cris la portion entière, tantôt il refuse ce qu’on lui donne et demande à mourir de faim.
—Mais c’est un crime! Je lui parlerai! je lui ferai entendre le langage de la morale et de la religion! Où est-il?
—A l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Paul, no 10.
—Vous avez votre voiture en bas?
—Oui.
—Eh bien, partons. Ah! le scélérat qui veut mourir! Il ne sait donc pas que tous les hommes sont frères!