Les trois « ah ! » de la vieille dame furent dits sur trois tons différents, que j’aurais eu du plaisir à noter si j’avais su la musique. Ils indiquaient par des nuances bien sensibles les progrès que j’avais faits dans l’estime de Mme Simons. Cependant elle ne m’adressa pas la parole, et je suivis la petite caravane à quelques pas de distance. Dimitri n’osait plus causer avec moi : il marchait en avant, comme un prisonnier de guerre. Tout ce qu’il put faire en ma faveur fut de me lancer deux ou trois regards qui voulaient dire en français : « Que ces Anglaises sont pimbêches ! » Miss Simons ne retournait pas la tête, et j’étais hors d’état de décider en quoi sa laideur différait de celle de Photini. Ce que je pus voir sans indiscrétion, c’est que la jeune Anglaise était grande et merveilleusement faite. Ses épaules étaient larges, sa taille ronde comme un jonc et souple comme un roseau. Le peu qu’on apercevait de son cou m’eût fait penser aux cygnes du jardin zoologique, quand même je n’aurais pas été naturaliste.
Sa mère se retourna pour lui parler, et je doublai le pas, dans l’espoir d’entendre sa voix. Ne vous ai-je pas averti que j’étais passionnément curieux ? J’arrivai juste à temps pour recueillir la conversation suivante :
« Mary-Ann !
— Maman ?
— J’ai faim.
— Avez-vous ?
— J’ai.
— Moi, maman, j’ai chaud.
— Avez-vous ?
— J’ai. »