Au roulement du tambour, les murs de ma prison s’écartèrent comme les remparts de Jéricho. Deux minutes après, j’étais dans la tente de Mary-Ann. La mère et la fille s’éveillèrent en sursaut. Mme Simons m’aperçut la première et me cria :

« Eh bien ! nous partons ?

— Hélas ! madame, nous n’en sommes pas là !

— Où en sommes-nous donc ? Le capitaine nous a donné parole pour ce matin.

— Comment l’avez-vous trouvé, le capitaine ?

— Galant, élégant, charmant ! Un peu trop esclave de la discipline ; c’est bien son seul défaut.

— Coquin et faquin, lâche et bravache, menteur et voleur ! voilà ses vrais noms, madame, et je vous le prouverai.

— Çà, monsieur, qu’est-ce que la gendarmerie vous a donc fait ?

— Ce qu’elle m’a fait, madame ? Daignez venir avec moi, seulement au haut de l’escalier. »

Mme Simons arriva juste à point pour voir les soldats défilant, tambour en tête, les brigands installés à leur place, le capitaine et le Roi bouche à bouche, se donnant le baiser d’adieu. La surprise fut un peu trop forte. Je n’avais pas assez ménagé la bonne dame, et j’en fus puni, car elle s’évanouit tout de son long, à me casser le bras. Je la portai jusqu’à la source ; Mary-Ann lui frappa dans les mains ; je lui lançai une poignée d’eau par le visage. Mais je crois que c’est la fureur qui la fit revenir.