« Madame, si j’étais assez heureux pour vous tirer d’ici, je vous jure que cela ne serait pas pour épouser mademoiselle votre fille.

— Et pourquoi donc ? dit-elle d’un ton piqué. Est-ce que ma fille ne vaut pas qu’on l’épouse ? Je vous trouve plaisant, en vérité ! N’est-elle pas assez jolie ? ou assez riche ? ou d’une assez bonne famille ? L’ai-je mal élevée ? Et savez-vous quelque chose à dire contre elle ! Épouser Mlle Simons, mon petit monsieur, c’est un beau rêve ; et le plus difficile s’en contenterait.

— Hélas ! madame, répondis-je, vous m’avez mal compris. J’avoue que mademoiselle est parfaite, et, sans sa présence, qui me rend timide, je vous dirais quelle admiration passionnée elle m’a inspirée dès le premier jour. C’est justement pour cela que je n’ai pas l’impertinence de penser qu’aucun hasard puisse m’élever jusqu’à elle. »

J’espérais que mon humilité fléchirait cette mère foudroyante. Mais sa colère ne baissa pas d’un demi-ton !

« Pourquoi ? reprit-elle. Pourquoi ne méritez-vous pas ma fille ? Répondez-moi donc !

— Mais, madame, je n’ai ni fortune, ni position.

— La belle affaire ! Pas de position ! Vous en auriez une, monsieur, si vous épousiez ma fille. Être mon gendre, n’est-ce donc pas une position ? Vous n’avez pas de fortune ! Est-ce que nous vous avons jamais demandé de l’argent ? N’en avons-nous pas assez pour nous, pour vous et pour bien d’autres ? D’ailleurs l’homme qui nous tirera d’ici ne nous fera-t-il pas un cadeau de cent mille francs ? C’est peu de chose, j’en conviens, mais c’est quelque chose. Direz-vous que cent mille francs soient une somme méprisable ? Alors, pourquoi ne méritez-vous pas d’épouser ma fille ?

— Madame, je ne suis pas…

— Voyons, qu’est-ce encore que vous n’êtes pas ? Vous n’êtes pas Anglais !

— Oh ! nullement.