—Pas même à la première reprise? demanda M. Lefébure d'un ton goguenard. Cependant, soyons juste: la deuxième valait un peu mieux. Nous recommencerons tout à l'heure. Laissez-moi le temps de souffler.»
Daniel n'était pas content. Cette mauvaise foi chez un galant homme le mettait hors de lui. Il aurait voulu une galerie. Il enrageait d'avoir raison. «Recommençons,» dit-il.
Il s'anima si bien au jeu, que ce fut le tour de M. Lefébure d'être ébloui et de cligner des yeux. Daniel lui rendit fèves pour pois, et les coups de bouton partaient si gaillardement, qu'on eût dit le bouquet d'un feu d'artifice.
«Ouf! dit M. Lefébure en jetant son épée sur une banquette: je crois, monsieur, que nous sommes de force.
—Ma foi! monsieur, reprit l'artiste avec une rondeur charmante, je croyais bien vous avoir battu.
—Comment! comment! j'ai gagné la première manche, la deuxième est nulle, et la troisième est à vous.
—Pardon; je ne savais pas que la deuxième fût nulle.
—Nulle, c'est-à-dire égale. Vous m'avez donné deux ou trois coups de bouton, et je me flatte de vous les avoir rendus.
—Eh bien, soit! dit Daniel exaspéré. Vous plaît-il de faire la belle?