—On tirera au sort.

—J'ai mes épées.

—Nous, nos pistolets. Nous sortirons par la petite porte: prenez de l'autre côté, pour qu'on n'ait pas de soupçons.

—Tout le château dormira; on se couche si tard!»

M. de Marsal tira ses pistolets du fond de sa malle. Il changea les amorces, qui étaient toutes vertes, écrivit une longue lettre à sa sœur, se jeta tout habillé sur son lit, et ne dormit pas une minute. Daniel reposa comme Alexandre ou le grand Condé à la veille d'une bataille. A cinq heures et demie, il était sur pied. Les deux adversaires sortirent sans éveiller personne. M. de Marsal remit au garde de la petite porte la lettre qu'il avait écrite à sa sœur.

Tout le monde fut exact au rendez-vous. La mairie de Montrouge est une construction neuve, élevée à quelques pas du village, au milieu des champs. Les témoins renvoyèrent leurs fiacres, et l'on s'achemina à pied dans la direction des carrières. Daniel conduisait la marche avec ses amis.

«Comme tu es tranquille! lui dit le peintre.

—Je suis tranquille si nous avons l'épée. Avec ces diables de pistolets, je ne réponds de rien: je tue mon homme.

—Comment?

—C'est tout simple. L'épée à la main, je suis sûr qu'il ne me fera pas de mal, et je peux le ménager. Au pistolet, on n'épargne pas les maladroits, parce qu'ils sont capables de vous casser la tête. Conseille-leur l'épée, dans leur intérêt.»