—Elle est ici, votre mère, et elle nous a avoué que vous aimiez Victorine. Est-il obstiné, bon Dieu! Puisqu'on vous la donne en mariage!
—La plaisanterie, madame, est un peu dure, et quels que soient mes torts, je ne crois pas avoir mérité...
—Vous avez mérité la main de ma nièce, vous dis-je, et vous l'aurez! Le joli malheur! Est-ce que vous la trouvez laide?
—Non, madame, elle est admirablement belle.
—C'est bien heureux!
—La première idée qui m'est venue en la voyant, c'est que je ferais plus volontiers son portrait que tout autre.
—Est-ce aimable pour moi ce que vous dites là? Mais n'importe! c'est elle qui vous donnera votre portrait, grand enfant, et fasse le ciel que nous en ayons six exemplaires!»
Il n'y a pas d'incrédulité qui tienne contre un pareil langage. Daniel se laissa doucement persuader. Le bonheur est un hôte qui n'a pas besoin de se faire annoncer: il trouve toujours les portes ouvertes.
Le 1er février 1856, par un beau soleil d'hiver, M. Fert de Guéblan et sa jeune femme se promenaient en américaine dans les allées du parc. Daniel conduisait lui-même. En passant sous le chêne rond, Victorine lui fit signe d'arrêter.
«Te souviens-tu? dit-elle. C'est ici que la présentation s'est faite. J'étais assise là, sous mon beau vieux chêne, dont les feuilles étaient moins rousses qu'aujourd'hui, et je dévorais un livre du plus haut intérêt, l'histoire de l'incomparable Atalante: je n'en ai jamais vu la fin.