—Mais.... je n'y ai pas encore songé.
—Il faut y songer, ma belle. Si tu n'y songes pas, qui est-ce qui y songera pour toi? Moi, je veux un fils. Écoute un peu le paragraphe que j'ai ajouté à mes prières: «Vierge sainte, si mon cœur vous semble assez pur, bénissez mon amour et obtenez que j'aie le bonheur d'avoir un fils pour lui enseigner la crainte de Dieu, le culte du bien et du beau, et tous les devoirs de l'homme et du chrétien.»
Ce dernier trait acheva la pauvre Lucile. Le torrent de larmes qu'elle retenait depuis longtemps rompit les digues, et son joli visage en fut inondé.
«Tu pleures! cria Céline. Je t'ai fait de la peine?
—Ah! Céline, je suis bien malheureuse! Maman m'a forcée de partir le soir de mon mariage, et je n'ai pas revu mon mari depuis le bal!
—Le soir? Depuis le bal? Miséricorde!»
Tout à coup le visage de Mme Jordy prit une expression sérieuse. «Mais c'est une trahison, dit-elle. Pourquoi ne m'as-tu pas conté cela plus tôt? Je te parle depuis le matin comme à une femme, et tu n'es qu'une enfant! Tu aurais dû m'arrêter au premier mot, et je ne te pardonnerais jamais de m'avoir laissée parler, si tu n'étais pas tant à plaindre.»
Lucile raconta sommairement son histoire.
«Comment n'as-tu pas écrit à ton mari? demanda Céline.