—Il a fait bien mieux, mademoiselle, reprit en riant M. Lefébure: il a enseigné la prosodie, l'orthographe et l'écriture à un homme qui ne savait que garder les moutons, et cela en un jour! sans parler des règles particulières du sonnet, qui sont fort compliquées, à ce que l'on assure. Je lisais dernièrement un petit poëme, rédigé par un dentiste....

—C'est bien; j'abandonne la poésie. Mais la peinture! Une jeune Italienne est aux mains d'un barbon, qui prétend l'épouser malgré elle. Un beau seigneur de la ville voisine s'introduit au château sous l'habit et le nom d'un peintre renommé; il n'a jamais manié le pinceau, mais l'amour conduit sa main: direz-vous encore que cela ne s'est jamais vu?

—A Dieu ne plaise! Mais je voudrais bien le voir. Le dessin est une orthographe qui ne s'enseigne pas en trente leçons; et, quant à la couleur, nous avons des membres de l'Institut qui n'ont jamais pu l'apprendre.

—Est-ce vrai, monsieur Fert?

—Oui, mademoiselle.

—Mais vous, qui êtes sculpteur, allez-vous mettre aussi la sculpture contre moi? Accordez-moi seulement qu'un homme du monde, un gentilhomme, qui n'a jamais manié vos ébauchoirs, peut, à force d'amour, pour se rapprocher de celle qu'il aime, faire.... un buste!

—Ma foi! mademoiselle, c'est une chose que j'aurais crue impossible il y a six mois.

—Et maintenant?

—Maintenant, je suis de votre avis: je crois aux miracles de l'amour.»