— Ah ! vraiment ! vous me faites plaisir. Oui, oui, oui. Eh bien, qu’est-ce qu’ils ont répondu, ces braves gens ? vive le roi ?

— Je regrette d’avoir à vous annoncer une mauvaise nouvelle, mais ce n’est pas cela qu’ils ont dit.

— Ah ! les marauds ! les faquins ! les bélîtres ! Voyez-vous cette canaille qui se révolte contre ses maîtres ! Aussi, pourquoi s’avisait-on de les consulter ? Envoyez-les tous ici, que je leur apprenne à vivre. Vidame, tirez l’épée, prenez ce ruban ; il est à mes couleurs ; exterminez-moi les maroufles, tous, tous, et, quand il n’en restera plus un seul, je vous donnerai ma main à baiser.

La cause était entendue. Le président dit à l’homme au chapelet :

— Vous avez la parole ; n’en abusez pas.

— Et s’il me plaît d’en abuser, répondit-il brutalement, qui de vous se permettra de me reprendre ? Je dis ce qui me plaît, je ne relève que de moi-même, et d’un homme qui n’est pas en France. C’est lui qui me paye mes gages. Lorsque je vais le voir, il me donne à baiser le pied de son valet de chambre. Quant à votre gouvernement, je le tolère, il me tolère, nous sommes quittes. Tout le monde sait que je cogne dur ; voilà ma liberté de la presse. Pour ce qui est des lois répressives, j’en demande, et de bonnes, et de terribles. Il m’en faut pour mes inimitiés et mes vengeances. Si je dénonce un homme à la justice, il faut qu’elle le ruine, qu’elle l’enferme, qu’elle l’étrangle !

Il reprit avec une mélancolie assez touchante :

— Mais hélas ! Dieu clément ! notre siècle est bien mollasse : on n’étrangle plus. Les navets de l’Université se permettent d’écrivailler contre nous, et ils ne sont pas même brûlés ! Tout au plus si l’on brûle leurs livres.

Il leva ses regards au ciel, lorgna du coin de l’œil une jolie promeneuse qui traversait l’allée, et se mit à dire son chapelet.

Tous les assistants avaient parlé, et je croyais que le président allait résumer les débats, quand je sentis quelque chose remuer sous ma chaise. Un nain boiteux, qui semblait sortir de terre, s’écria en grimaçant :