» Article 7. L’exécution de la sentence sera confiée au célèbre Mortemart, qui s’est fait une spécialité dans ce genre. »

Tu vois, ma chère cousine, que M. le comte de Nieuwerkerke n’est pas seulement un artiste de talent et un homme d’esprit. Il ferait au besoin un fier législateur !

XIX
LA QUESTION DES FIACRES

Promenade des dimanches. — Pas d’omnibus. — Attitude des cochers de fiacre. — Paris est pavé de piétons qui attendent une voiture. — Soirée au Gymnase. — Les artistes. — Un maraudeur. — Réflexions mélancoliques. — Mes plaisirs et mes peines. — M. Haussmann et mademoiselle Cellier. — Plaintes d’un cocher de la Compagnie. — Doléances d’un cheval. — La Compagnie en bonne voie. — M. Ducoux. — Obstacles. — Fusion des voitures de place et des voitures de remise. — Exigences de la ville de Paris. — 1,500,000 francs d’impôt municipal sur les petites voitures. — Budget de 102 millions. — Son emploi. — Rage de construction et de démolition. — Le bon berger.

Ma chère cousine,

Il faisait beau dimanche dernier. J’ai voulu profiter d’une occasion si rare à Paris, et pousser une reconnaissance dans la direction du bois de Boulogne.

Tous les Parisiens, ou peu s’en faut, avaient fait le même raisonnement. La foule emplissait les rues et l’on se marchait sur les pieds comme dans un bal du grand monde.

Je m’arrêtai devant un bureau d’omnibus et je demandai si MM. les chevaux de la Compagnie me feraient l’honneur de me conduire au bout des Champs-Élysées pour mon argent. Un homme très-affairé me donna pour toute réponse un petit carton fort sale, où je lus sous la crasse le numéro 279. Je m’informai auprès de mes voisins. On m’expliqua que deux cent soixante-dix-huit personnes auraient le droit de monter en voiture avant moi, si toutefois les voitures n’étaient pas complètes. Le calcul des probabilités me permettait d’espérer une place d’impériale pour mardi matin au plus tôt. Je n’eus pas la patience d’ajourner au mardi ma promenade du dimanche.

Tout compte fait, il valait mieux prendre un fiacre, quoique les fiacres coûtent assez cher à Paris. Je suivis donc la rue de Rivoli, appelant de la main et hélant de la voix tous les fiacres qui passaient. Les cochers haussaient les épaules d’un air dédaigneux : ils étaient chargés jusqu’à la gueule, comme on dit en style de cocher.

Heureusement, la place du Palais-Royal n’était pas loin. Elle sert de station à quelques centaines de fiacres, et, là, je ne pouvais avoir d’autre embarras que celui du choix.