Cette querelle d'amoureux, qui recommençait souvent et finissait toujours par un baiser, fut un jour interrompue par la visite du commissaire de police.

L'honorable fonctionnaire déclina poliment son nom et sa qualité, et demanda au jeune Renault la faveur de l'entretenir à part.

— Monsieur, lui dit-il lorsqu'il le vit seul, je sais tous les égards qui sont dus à un homme de votre caractère et dans votre position, et j'espère que vous voudrez bien ne pas interpréter en mauvais sens une démarche qui m'est inspirée par le sentiment du devoir.

Léon s'écarquilla les yeux en attendant la suite de ce discours.

— Vous devinez, monsieur, poursuivit le commissaire, qu'il s'agit de la loi sur les sépultures. Elle est formelle, et n'admet aucune exception. L'autorité pourrait fermer les yeux, mais le grand bruit qui s'est fait, et d'ailleurs la qualité du défunt, sans compter la question religieuse, nous met dans l'obligation d'agir… de concert avec vous, bien entendu…

Léon comprenait de moins en moins. On finit par lui expliquer, toujours dans le style administratif, qu'il devait faire porter Mr Fougas au cimetière de la ville.

— Mais, monsieur, répondit l'ingénieur, si vous avez entendu parler du colonel Fougas, on a dû vous dire aussi que nous ne le tenons pas pour mort.

— Monsieur, répliqua le commissaire avec un sourire assez fin, les opinions sont libres. Mais le médecin des morts, qui a eu le plaisir de voir le défunt, nous a fait un rapport concluant à l'inhumation immédiate.

— Eh bien, monsieur, si Fougas est mort, nous avons l'espérance de le ressusciter.

— On nous l'avait déjà dit, monsieur, mais, pour ma part, j'hésitais à le croire.