Vers une heure Mr Nibor fit prendre au colonel un nouveau bain prolongé, au sortir duquel le corps subit un massage plus fort et plus complet que le premier.

— Maintenant, dit le docteur, nous pouvons transporter Mr Fougas au laboratoire, pour donner à sa résurrection toute la publicité désirable. Mais il conviendrait de l'habiller, et son uniforme est en lambeaux.

— Je crois, répondit le bon Mr Renault, que le colonel est à peu près de ma taille; je puis donc lui prêter des habits à moi. Fasse le ciel qu'il les use! mais entre nous, je ne l'espère pas.

Gothon apporta, en grommelant, ce qu'il faut pour vêtir un homme complètement nu. Mais sa mauvaise humeur ne tint pas devant la beauté du colonel:

— Pauvre monsieur! s'écria-t-elle. C'est jeune, c'est frais, c'est blanc comme un petit poulet! S'il ne revenait pas, ce serait grand dommage!

Il y avait environ quarante personnes dans le laboratoire lorsqu'on y transporta Fougas. Mr Nibor, aidé de Mr Martout, l'assit sur un canapé et réclama quelques instants de vrai silence. Mme Renault fit demander sur ces entrefaites s'il lui était permis d'entrer; on l'admit.

— Madame et messieurs, dit le docteur Nibor, la vie se manifestera dans quelques minutes. Il se peut que les muscles agissent les premiers et que leur action soit convulsive, n'étant pas encore réglée par l'influence du système nerveux. Je dois vous prévenir de ce fait, pour que, le cas échéant, vous ne soyez point effrayés. Madame, qui est mère, devra s'en étonner moins que personne; elle a ressenti au quatrième mois de la grossesse l'effet de ces mouvements irréguliers qui vont peut-être se produire en grand. J'espère bien, au reste, que les premières contractions spontanées se produiront dans les fibres du coeur. C'est ce qui arrive chez l'embryon, où les mouvements rythmiques du coeur précèdent les actes nerveux.

Il se remit à exercer des pressions méthodiques sur le bas de la poitrine, stimulant la peau des mains, entr'ouvrant les paupières, explorant le pouls, auscultant la région du coeur.

L'attention des spectateurs fut un instant détournée par un tumulte extérieur. Un bataillon du 23ème passait, musique en tête, dans la rue de la Faisanderie. Tandis que les cuivres de Mr Sax ébranlaient les fenêtres de la maison, une rougeur subite empourpra les joues du colonel. Ses yeux, qui étaient restés entr'ouverts, brillèrent d'un éclat plus vif. Au même moment, le docteur Nibor, qui auscultait la poitrine, s'écria:

— J'entends les bruits du coeur.